La crise du gaz s'étend à toute l'Europe

Thibaud Vadjoux avec AFP

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Les approvisonnements du gaz russe vers l'Europe ont été fortement rationnés dans la nuit de lundi à mardi 6 janvier 2009. La fermeture en aval des tuyaux entre la Russie et l'Ukraine perturbe tout le réseau. Les livraisons des pays européens en gaz russe transitent à 80% par l'Ukraine. Quels sont les pays les plus touchés?

En Bulgarie, Grèce, Turquie, Macédoine, Serbie, Hongrie et Croatie, les livraisons de gaz russe ont été totalement arrêtées entre lundi et mardi 6 janvier.

Les livraisons de gaz russe à la Serbie ont baissé de moitié, a déclaré le directeur de la compagnie gazière serbe publique Srbijagas, Dusan Bajatovic, lors d'un point de presse mardi à Novi Sad (nord), dont les propos étaient rapportés par les agences serbes Beta et Tanjug.

En Roumanie, les livraisons de gaz ont été réduites de plus de deux tiers avec l'arrêt "total" des livraisons dans l'un des deux points d'importation du pays.

En République tchèque, les livraisons vont baisser de 75% mardi 6 janvier.

En Slovaquie, la première compagnie gazière SPP a annoncé mardi avoir déclaré un état d'urgence énergétique après avoir enregistré dans la nuit une chute de 70% des livraisons de gaz russe.

En Autriche, l'une des trois plus importantes plateformes gazières d'Europe continentale, l'opérateur doit puiser dans ses réserves pour compenser la brutale chute de l'approvisionnement en gaz russe.

• En Italie, la fourniture de gaz russe à n'atteignait plus mardi que de 10% des quantités habituelles

En Allemagne, l'un des pipe-line transitant par l'Ukraine, a enregistré, mardi 6 janvier, une baisse de pression. Les autorités allemandes ont fait savoir qu'aucun problème d'approvisionnement n'était à craindre pour le moment.

La Pologne pourrait baisser, de façon préventive, les livraisons de gaz à son industrie, même si les livraisons via l'Ukraine sont pour l'instant assurées.

En France, selon le PDG de GDF Suez, Gérard Mestrallet, le conflit gazier russo-ukrainien "n'a aucun impact sur les approvisionnements".

L'Union européenne se retrouve piégée dans une crise, à l'origine, bilatérale et dans laquelle elle ne voulait pas prendre part. La République Tchèque, à la tête de la présidence de l'Union, a dénoncé une "situation complètement inacceptable, sans alerte préalable et en claire contradiction avec les assurances données à l'Union européenne par les plus hautes autorités russes et ukrainiennes", indique t-elle dans un communiqué. La Russie a stoppé, dès le 1er janvier, la totalité de ses livraisons de gaz vers l'Ukraine et avait appelé l'UE à surveiller le transit de cet hydrocarbure via le territoire ukrainien. Un scénario qui a un air de déjà vu. En 2006, la Russie avait déjà coupé les robinets de gaz vers l'Ukraine menaçant les approvisonnements européens. La crise s'était achevée par une renégociation des prix, l'Ukraine acceptant de payer plus cher.

"La situation a radicalement changé", a affirmé le ministre tchèque de l'Industrie et du Commerce, Martin Riman, représentant de l'Union européenne. La délégation européenne, venue discuter lundi à Kiev pour aider à résoudre le différend entre les Russes et les Ukrainiens, est entraînée dans une crise qui s'est étendue à toute l'Europe.

Pour Gazprom, l'Ukraine est responsable d'avoir fermé trois des quatre gazoducs d'exportation traversant son territoire. "Le résultat est que depuis mardi matin les volumes de gaz livrés à nos partenaires de l'Union européenne ont été divisés par sept", a déclaré Alexandre Medvedev, le vice-président du géant gazier russe Gazprom. A l'inverse, l'Ukraine lui renvoie la balle et accuse Gazprom de réduire les livraisons de gaz destinées aux consommateurs européens et transitant par l'Ukraine.