Les Britanniques désertent la France

Delphine Halgand

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"Les Anglais n'achètent plus depuis le printemps. Aujourd'hui, on ne les voit plus", s'exclame Michel Sangline de l'agence Immobergerac à Bergerac en Dordogne. Les Britanniques, à fort pouvoir d'achat en France compte tenu des prix exorbitants de l'immobilier en Grande-Bretagne et de leur livre forte, représentaient 30% à 35% de sa clientèle depuis les années 90.

Nos voisins d'Outre-Manche qui ont largement contribué à la hausse des prix des fermes normandes, des chalets alpins ou des villas du Sud de la France semblent avoir déserté les agences immobilières françaises. Cette tendance se retrouve sur internet. "Certaines données publiées par les moteurs de recherche -Google en particulier- montrent que le nombre total d’anglophones ayant effectués des recherches sur Internet concernant des biens immobiliers en France aurait baissé de 25% entre 2007 et 2008", explique Romain Muller, dirigeant des sites Vendre-aux-Anglais.fr et MyFrenchRealEstate.com, qui tient néanmoins à préciser que la proportion de Britanniques passant par son réseau s’est accrue cette année puisque ses sites ont augmenté leur budget publicitaire et multiplié leurs partenariats. "La visibilité des produits que nous référençons a donc été considérablement améliorée en 2008", souhaite-t-il souligner.

Les Britanniques ne se contentent pas de ne plus acheter en France. Certains revendent. "Ils revendent leur résidence française principale ou secondaire pour rentrer en Angleterre", raconte Michel Sangline. Edouard Lévy de l'agence Mer et Campagne de Lisieux dans le Calvados confirme : "Les Britanniques revendent, surtout dans l'Orne".

Mais que leur arrive-t-il? Ils aiment tellement notre climat, notre gastronomie et notre art de vivre. Mais la crise financière a frappé violemment la Grande-Bretagne. ils sont confrontés à un plongeon de la livre sterling. En un an, leur monnaie a perdu 25% de sa valeur face à l'euro. Aujourd'hui, l'euro et la livre flirte avec la parité. Les Anglais ont perdu leur avantage de pouvoir d'achat en France. Et la crise financière n'a fait qu'accentuer le phénomène. "Vous prenez le tableau de variation de la livre et vous retrouvez celui de l'immobilier acheté par les Britanniques en France", résume Edouard Lévy de l'agence Mer et Campagne de Lisieux.

"Quand ils visitent, ils sont tous toujours aussi amoureux de la France. Mais, ils nous rappellent pour nous dire que la conjoncture ne leur permet pas d'acheter", raconte Marie-Ange Dieu-Forcioli de l'agence GTI à Laudun l'Ardoise dans le Gard. L'expression "Quand on aime, on ne compte pas" n'a peut être pas le même sens en anglais.