Satyam, l'énorme fraude qui secoue l'économie indienne

Stéphane Marchand

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L'épidémie de fraude financière continue son tour du monde. Après

Jérôme Kerviel
, l'ingénieux trader dont les acrobaties boursières ont fait perdre près de 5 milliards d'euros à la Société Générale, après "
Bernie" Madoff
, le financier newyorkais dont le schéma à la
Ponzi
a fait s'envoler en fumée 50 milliards de dollars, c'est au tour de l'Inde de connaître son scandale. Ramalinga Raju, le pdg de Satyam Computer Services, vient d'avouer qu'il avait manipulé les comptes de sa société pendant plusieurs années afin de présenter des profits et des actifs artificiels. Les fausses écritures ont permis de décupler les profits et les actifs en question. La fraude porte sur un milliard de dollars et les observateurs la comparent déjà à l'affaire Enron. Raju a démissionné mercredi soir 7 janvier. L'action a décroché de 78 % à la bourse de Bombay et de 90 % à Wall Street.

Satyam est l'un des plus gros groupes indiens de services informatiques délocalisés. A ce titre, il gère et traite des données hautement confidentielles, voire des systèmes informatiques entiers pour de très grosses multinationales comme Unilever, Nestlé, Cisco, Nissan, General Electric (GE), Sony et même, depuis peu, la Banque Mondiale.

En décembre, quelques semaines avant son aveu, Raju avait tenté de renflouer le trou creusé par son long mensonge en suggérant à son conseil d'administration d'acquérir deux entreprises indiennes, Maytas Properties et Matyas Infrastructure. Quatre membres du Conseil avaient alors décidé de démissionner et la fusion avait échoué. Il n'avait plus qu'à avouer.

Raju, qui avait commencé la fraude pour masquer des résultats trimestriels décevants, s'est expliqué par lettre à son conseil : "C'était comme monter un tigre et ne pas savoir comment descendre sans se faire manger". Il va sans dire que l'affaire jette une ombre sur toute l'économie indienne et en particulier sur ces fleurons nationaux que sont les grandes SSII.