Prague en première ligne dans la crise du gaz

E24 avec AFP

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L'Europe pâtira-t-elle de la guerre du gaz entre la Russie et l'Ukraine? La République tchèque qui va assumer la présidence tournante de l'UE à compter du 1er janvier avec la sécurité énergétique comme grande priorité, se verra propulsée en première ligne. Prague devra ainsi gérer avec Moscou les répercussions pour les pays européens en cas de suspension de livraison. "Nous sommes prêts à ce test d'endurance", a déclaré cette semaine le vice-Premier ministre tchèque Alexandr Vondra.

Les dirigeants tchèques se sont efforcés ces dernières semaines de calmer les craintes sur leur capacité à prendre le relais de la France à la tête de l'UE. "D'autres crises graves peuvent surgir et nous sommes aussi prêts à y faire face", a assuré Alexandr Vondra. Crise et présidence française sortante omniprésente: le contexte ne joue pas en faveur de la petite république d'Europe centrale. Surtout, les positions eurosceptiques du président Vaclav Klaus en énerve plus d'un à Bruxelles.

De quoi faciliter la tâche de la Russie dans de futures négociations sur l'énergie avec l'Europe. "Moscou qui a toujours joué sur les divisions de l'Europe, notamment en matière énergétique, pourrait tester Prague d'emblée avec la question du gaz ukrainien", note un observateur local. La Russie menace depuis plusieurs jours de suspendre ses livraisons de gaz à l'Ukraine le 1er janvier si Kiev ne règle pas "jusqu'au dernier rouble" ses arriérés de paiement. Soit plus de deux milliards de dollars.

Déjà, Gazprom a prévenu la semaine dernière par lettre ses clients européens que le différend pourrait affecter les livraisons de gaz. Le géant gazier russe, a néanmoins tenu à rassurer ses clients européens: "Gazprom remplira entièrement ses engagements envers les consommateurs européens", a indiqué le groupe dans un communiqué, lundi 29 décembre.

Mais si la Russie coupe les robinets à l'Ukraine, cette dernière pourrait "voler" du gaz destiné à l'Union européenne, a prévenu Alexeï Miller, PDG de Gazprom. Environ un quart du gaz consommé dans l'Union européenne est acheté à la Russie et transite pour l'essentiel par l'Ukraine. Lors de la précédente crise russo-ukrainienne survenue en janvier 2006 par période de grand froid, plusieurs pays européens, dont l'Italie, la Roumanie et la Slovaquie, avaient souffert d'un déficit de gaz.

En cas de crise, une des difficultés pour "un petit pays européen" comme la République tchèque, de surcroît issue de l'ancienne zone d'influence du Kremlin, sera de se faire entendre du géant russe, a récemment reconnu le vice-Premier ministre Vondra lors d'une rencontre avec la presse étrangère.

Un sujet qui ne manquera pas d'être abordé lors de la rencontre informelle des ministres des Affaires étrangères des 27, le 8 janvier à Prague, et dont le sujet sera la sécurité énergétique. La première réunion organisée dans le cadre de la présidence tchèque de l'UE au lendemain d'une grande soirée d'inauguration.

La Russie sera au centre des attentions de la République tchèque. Car, malgré les tensions suscitées par le projet de déploiement du bouclier antimissile américain sur leur territoire, Prague compte organiser un sommet UE-Russie au cours du premier semestre 2009.