Le sauvetage du skipper Yann Eliès a coûté 490.000 euros

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490.000 euros. C'est ce qu'a coûté le sauvetage du skipper Yann Eliès, grièvement blessé dans le Vendée Globe, selon l'agence de presse australienne. Le 18 décembre 2008, le marin engagé dans la course autour du monde en solitaire sans escale se fracture le fémur sur le pont de son monocoque à 800 milles au sud de l'Australie. Alertée, la marine australienne dépêche immédiatement une frégate, le HMAS Arunta, qui parcourt plus de 3.000 kilomètres (1.860 milles) pour recueillir le blessé. Le navire australien en profite pour fournir du fuel à un autre concurrent, le Britannique Mike Golding, afin qu'il puisse regagner la terre ferme avec son voilier démâté.

Alors qu'une sortie d'une heure de l'Arunta est estimée à 30.000 euros, l'opération a fait grincer quelques dents. Déjà lors de l'édition 1996-97 du Vendée Globe, les sauvetages par la marine autralienne des navigateurs Tony Bullimore et Thierry Dubois avaient soulevé une polémique en Australie. Des critiques balayées par Russ Crane, le vice amiral de la marine australienne et par Generali, le sponsor de Yann Eliès: "Le secours en mer est régi par la Convention de Hambourg, du 27 avril 1979 (ratifiée notamment par la France et l'Australie). Cette convention du droit international implique que les états signataires organisent les secours en mer dans les zones qu'ils supervisent et indique que tous les moyens doivent être mis en place pour sauvegarder la vie humaine et s'assurer qu'une assistance est fournie à toute personne en détresse en mer", a rappelé Marie-Christine Lanne, la directrice de la communication de Generali France. Le parrain du bateau de Yann Eliès est aussi le plus ancien sponsor nautique en France.

"Nous sommes prêts à proposer un dédommagement au docteur civil qui, à la demande des autorités australiennes, est monté à bord de la frégate HMAS Arunta pour qu'elle puisse appareiller rapidement et venir secourir Yann dans les meilleurs délais", a également indiqué la porte-parole de Generali. Alors que le navire était assuré en perte totale pour un montant de l'ordre de 400.000 euros, le sponsor doit encore assumer le coût de sa récupération, puisque le monocoque de 60 pieds (27 mètres) a été laissé à la dérive dans les mers du Sud. Un coût estimé par Generali à 120.000 euros. Une goutte d'eau rapportée à son budget global pour le Vendée Globe, qui s'élève à 1,5 million d'euros par an, sur quatre ans.

Le contrat court jusqu'en juin 2009, mais du côté de l'assureur, on avoue ne pas avoir encore réfléchi à la suite. Seule compte pour le moment la santé de Yann Eliès. Les nouvelles du skipper, qui a été opéré en Australie, sont bonnes et Generali espère que sa mésaventure n'en viendra pas à remettre en cause le système d'entraide internationale qui prévaut en mer. En mer, en montagne ou sous terre, la gratuité des secours est en effet régulièrement remise en cause puisque le coût des sauvetages repose le plus souvent sur la collectivité locale qui les assume.

Alors que seuls les accidents de ski de fond et de ski alpin pouvaient jusqu'à peu donner lieu à une facturation des secours, en vertu de l’article 97 de la loi montagne de 1985, "l’affaire de Pralognan", en 1999, a relancé le débat. Trois randonneurs avaient alors été recherchés pendant neuf jours dans le massif de la Vanoise, en Savoie, pour 300.000 francs (45.734 euros). Un coût supporté par la commune de Pralognan, en partie dédommagée par le conseil général. Mais la médiatisation du drame, avec la vente des photos à Paris Match pour 350.000 francs (53.360 euros), avait fait polémique. L’article 54 de la loi démocratie de proximité votée le 27 février 2002 a donc introduit la possibilité pour les communes qui engagent des moyens de secours privés de se faire rembourser tout ou partie des frais par les secourus. Une décision qui concerne également les spéléologues. En 1999 également, sept d'entre eux, qui avaient pourtant pris toutes les précautions requises, avaient dû être secourus par plus de 200 personnes, secouristes civils, gendarmes et pompiers du Lot, pour un coût global de près de 4 millions d'euros.

Comme les marins, les professionnels de la montagne, eux, ne cachent pas leur inquiétude face à ce qu’ils considérent comme "une menace au principe universel de la gratuité totale des secours, qui accompagne le principe d’obligation d’assistance à personne en danger", rappelle la Fédération française de montagne et d'escalade. Pour eux, la seule solution consiste à responsabiliser les usagers.


Vendée globe: le sauvetage de Yann Eliès
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