U2 casse le rêve de Live Nation

E24 avec AFP

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Bono et sa bande viennent de faire subir un sacré revers à leur organisateur de concert. Une déception à 19 millions de dollars pour Live Nation. Cet organisateur de concerts a signé en mars dernier un contrat longue durée avec U2: le groupe irlandais acceptait de lui confier pour douze ans la gestion de ses concerts, des produits dérivés et de son site Internet, mais pas de ses disques. Un contrat d'un nouveau genre, surnommé "360 degrés", avec lequel Live Nation a aussi réussi à appâter Madonna et Jay-Z pour respectivement 120 et 150 millions de dollars, selon la presse spécialisée.

Ce nouveau type de contrat était alors présenté comme une chance pour l'industrie musicale de préserver sa viabilité économique alors que les ventes de disque ne cessent de s'écrouler. Mais Live Nation a subi un coup dur mercredi 17 décembre, lorsque U2 a exercé son droit à lui revendre pour 25 millions de dollars les 1,6 million d'actions de l'entreprise, reçues lors de la conclusion de l'accord. Problème pour Live Nation, le cours de son action a spectaculairement baissé depuis un an, en pleine débâcle boursière, et le geste du groupe de rock va lui coûter 19 millions de dollars. La société pourrait encaisser un autre revers si Madonna, qui bénéficie d'une clause identique, décidait de la faire fonctionner.

Le PDG de Live Nation, Michael Rapino, a minimisé la portée de cette perte. Alors que U2 sort en mars un nouvel album, il a souligné que la tournée du groupe permettrait à son entreprise de commencer à toucher un retour sur investissement. "Madonna et U2 sont les deux seuls contrats dans lesquels figuraient cette clause", a-t-il dit, cité par le Wall Street Journal. "L'activité commerciale de Madonna est excellente, et nous espérons toucher le fruit de notre investissement avec U2 l'année prochaine", a ajouté le dirigeant.

Les déboires boursiers américains et sa mésaventure avec U2 devraient inciter Live Nation à ne plus offrir ces options de rachat d'actions lors de futurs accords, notent des observateurs du secteur. "Ils ne doivent plus offrir ce genre de clauses, c'est évident", a noté David Joyce, consultant chez Miller Tabak Roberts Securities, cité par le site internet Forbes.com. Pour Marc Goldstein, professeur à l'Université de Californie du sud à Los Angeles et spécialiste de l'industrie musicale, les contrats de Live Nation, annoncés à grand renfort de publicité, "sont plus une question d'apparences que de réalité économique".

La volonté de Live Nation d'attirer des artistes de premier plan met en évidence l'obsolescence de modèles commerciaux classiques, basés sur les ventes de disques. "Il était admis que le secteur ne fonctionnait plus et qu'il fallait prendre une nouvelle direction", explique l'universitaire. "Pour que Live Nation se place en position d'incarner l'avenir, il leur fallait conclure des contrats avec de grands artistes, afin de pouvoir dire +voici ce que nous faisons (...), nous avons assez de réserves, nous sommes compétents, nous savons comment faire en sorte que ça fonctionne+", ajoute-t-il. "Le contrat avec U2 a toujours été un petit peu déraisonnable, et celui avec Madonna était limite. Mais je pense que la situation économique n'est pas en cause, il s'agit (pour Live Nation) de prendre date pour l'avenir".