La chasse au "trésor de Madoff"

Stéphane Marchand

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Les milliers de

victimes
de "Bernie" Madoff toucheront-elles quelque chose? La question agite les places financières depuis l'arrestation, le 11 décembre 2008, du responsable présumé de la gigantesque fraude pyramidale à la "
Ponzi"
dont le bilan se chiffre entre 38 et 50 milliards de dollars. Stephen Harbeck, le président de la Securities Investor Protection Corporation (SIPC), une ONG de Washington qui assure la protection des investisseurs, vient de donner une réponse positive. Mais il ne dissimule pas les difficultés de l'opération: "C'est un peu comme reconstituer des œufs à partir d'œufs brouillés".

Ce fonds de protection des investisseurs pourrait commencer à effectuer des versements dans un mois ou deux, ou plus, en fonction de la difficulté à retrouver la trace des fonds investis chez Madoff et redistribués par ce dernier. Entre fonds "coupables" ayant profité des juteux rendements de Madoff et "victimes" ayant tout perdu sans avoir jamais su où allait leur argent confié à ces fonds, la bataille juridique sera également terrible. En vertu d'une jurisprudence datant de 2008, les investisseurs ayant touché des sommes de la part de Madoff pourraient avoir à les rendre. Dans la pratique, chaque décision sera très ardue à appliquer.

Compte tenu de l'importance de la fraude, les fonds d'assurance classiques des investisseurs sont dépassés, reconnait la SIPC. Même si un investisseur ayant investi, par exemple, 100 millions de dollars, avec Madoff, ne peut prétendre qu'à 500.000 dollars de remboursement. Quelle portion des 50 milliards envolés peut-on récupérer ? Mystère. Le 5 janvier, en témoignant devant le congrès, Harbeck affirmait toutefois avoir localisés 830 millions de dollars en actifs liquides sur les comptes de Bernard Madoff Investment Securities (BMIS), la société du suspect. Une goutte d'eau de belle taille dans l'océan de la fraude.

Quant à Madoff lui-même, il apparait qu'il a tout tenté pour enrayer le dénouement. Dix jours avant son arrestation, il avait convaincu son vieil ami Carl Shapiro -un entrepreneur philanthrope de 95 ans- d'investir 250 millions de dollars dans BMIS. En comptant les 150 millions de dollars déjà investis par Shapiro chez Madoff, il est sans doute l'individu qui a le plus perdu dans le scandale.