Madoff: un fonds d'investissement au centre de l'affaire

Julien Beauvieux avec AFP

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Le casting de l'affaire Madoff s'enrichit. La fraude du financier américain a ainsi bénéficié pendant plusieurs années de la publicité discrète de la société de gestion Fairfield Greenwich Group, écrit le Wall Street Journal dans un article paru vendredi 19 décembre. Si rien ne permet de penser pour l'heure que cette société avait eu connaissance du caractère frauduleux des activités de Madoff, elle aurait en revanche contribué à en élargir l'échelle.

Créé en 1983 par Walter Noel et un ancien avocat de la SEC, le gendarme des marchés financiers américains, Fairfield Greenwich Group a proposé depuis 1989 à plusieurs de ses clients de placer leur argent dans son fonds "Fairfield Sentry".

En 2006, à la suite d'une plainte de Harry Markopolos, un concurrent de Madoff, la SEC, l'autorité des marchés financiers américaine lance une enquête. Elle révèle des irrégularités dans la communication de Fairfield Greenwich Group auprès de ses clients, mais passe à côté de l'essentiel.

Fairfield ne mentionnait pas clairement que les décisions de gestion étaient supervisées par Madoff, et le présentait simplement comme courtier exécutant ses ordres. Les documents de promotion de Fairfield mettaient seulement en valeur ses relations vieilles de 19 ans avec Madoff, ainsi que des vérifications systématiques concernant les investissements réalisés. Et les rendements annoncés très généreux faisaient le reste.

Faute de preuve de fraude avérée, Fairfield Greenwich Group a finalement poursuivi ses collectes. Entre début 2006, date de l'ouverture de l'enquête, et le 11 décembre 2008, date de divulgation du scandale, les investisseurs, particuliers fortunés et institutionnels, ont confié 1,7 milliards de dollars, pour atteindre 7,5 milliards de dollars que Madoff était sensé investir en Bourse.

Selon les documents promotionnels du fonds "Fairfield Sentry", un minimum de 100.000 dollars était ainsi requis pour bénéficier de l'expertise de Madoff. Fairfield se rémunérait à hauteur de 20% des profits dégagés par ses placements, soit près du double des tarifs communément pratiqués par les gestionnaires de fonds. Malgré les failles dans la communication à ses clients de Fairfield, la société de gestion ne fait pour l'instant l'objet d'aucune poursuite de la part de la justice américaine.

Les produits de Fairfield Greenwich Group ont en outre été repackagés par des banques pour le compte de leurs clients, augmentant encore l'échelle de la fraude. Certains des montants collectés étaient gonflés par des prêts bancaires pour en accroître le rendement (empocher un rendement identique sur des sommes plus importantes). C'est à travers leurs engagements sous forme de prêts que plusieurs institutions financières à travers le monde se sont retrouvées exposées, parfois dans des proportions importantes, au scandale Madoff.