Dilbert, vingt ans de boîte

Guillaume Guichard

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"Les gens les plus incompétents sont toujours placés là où ils risquent de faire le moins de dégâts: l'encadrement". Partant de ce principe de base, le dessinateur Scott Adams dénonce depuis 20 ans les travers d'une grande entreprise à travers les mésaventures de Dilbert, ingénieur informaticien. Toujours sous la même forme: trois cases, un minimum de coups de crayons pour un maximum d'effet. Et surtout, des dialogues minimalistes et décapants. Soit un "comic strip" (petite BD diffusée dans les journaux) des plus populaires des deux côtés de l'Atlantique au sein des "big companies".

Le collègue universel

Lunettes rondes, cheveux courts et chemise blanche qui trahit un ventre rebondi. Dilbert, c'est le cadre moyen typique, dont les déboires semblent bien familiers à quiconque trime dans le "middle management", l'encadrement intermédiaire. Son responsable, "Boss à tête de pioche", est incompétent et despotique, des défauts qu'il reconnait cyniquement. Les collègues de bureaux ne valent guère mieux: l'une joue systématiquement perso, l'autre fait preuve d'une naïveté affligeante et le troisième a pour objectif d'en faire le moins possible. Tout ce petit monde s'agite dans des bureaux étroits et impersonnels.

Caricatural? Oui. Mais ça marche aussi grâce aux talents de Scott Adams. Cet auteur est loin d'être "seulement" un dessinateur. Diplômé d'un MBA, il a vécu de l'intérieur les affres du cadre moyen dans une banque de San Francisco. Surtout, il échafaude des théories décapantes sur le monde du travail et en nourrit Dilbert. Il s'en faudrait de peu pour qu'il soit considéré comme un "gourou" du management.

Un dessinateur qui écrit

Il n'y a qu'à parcourir son blog. Le dessinateur y poste un texte par jour an moyenne, s'exprimant sur l'industrie automobile américaine ("il faudrait autoriser tout le monde à faire le taxi avec sa voiture personnelle"), la retraite des baby boomers ("effrayant!"), ou Google ("c'est mon docteur"). Et les "confusopolies", son autre grand principe sur le monde économique.

Adams part d'un constat: aujourd'hui, la concurrence mondiale est exacerbée, de nouveaux concurrents apparaissent tous les jours. Pour s'en sortir, "il vous faut créer des produits si compliqués que vos clients vont vous payer plus, justement parce qu'ils sont à la fois terrifiés et fascinés par cette complexité", a expliqué dernièrement l'auteur sur CNNMoney. "C'est ce qui s'est passé à Wall Street".

Alors, lequel des deux mondes est le plus caricatural, celui de Dilbert ou le nôtre?