EADS doit lever des incertitudes lors de ses résultats

Anne-Sophie Galliano

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Les résultats d'EADS, publiés mardi 10 mars, sont très attendus par la communauté financière. Ce ne sont pas tant les chiffres pour 2008 qui vont retenir l'attention des spécialistes du secteur que les perspectives 2009 et 2010 du groupe de défense. En effet, les bénéfices devraient être au rendez-vous. Les analystes misent sur un chiffre d'affaires de plus de 40 milliards d'euros, un bénéfice net de 1,179 milliard d'euros pour un bénéfice d'exploitation de plus de 2 milliards d'euros.

Sur 2008, le bénéfice net du groupe ne devrait pas être lourdement amputé par des provisions sur l'A400M, contrairement à 2007. Selon Les Echos, les auditeurs n'auraient retenus que 300 millions d'euros de provision, contre 1,7 milliard en 2007.

Lors de la présentation des résultats, Louis Gallois va surtout devoir rassurer sur l'avenir. Et plus particulièrement sur deux sujets clés: les livraisons d'Airbus et l'A400M, que le groupe traîne comme un boulet. Les sept pays acheteurs de l'A400M -dont l'Espagne, l'Allemagne, la France, et l'Angleterre- ont jusqu'au 31 mars pour décider s'ils abandonnent le projet, ou si tout les pays signataires renégocient le contrat actuel. "Cela ne résout pas la question financière mais au moins cela permet d'avancer vers une solution qui mettra un terme aux incertitudes économique", estime un analyste. Un abandon du projet semble peu probable, mais la question des pénalités de retards, elle, sera bien réelle dès 2009.

Deuxième sujet d'inquiétude: les livraisons d'Airbus qui contribue à plus de 70% aux résultats d'EADS. "La cadence devrait baisser en 2010, autour de 483 appareils, soit le même niveau que 2008 et 2009 mais nous ne serions pas surpris par un repli à 450 avions", explique un spécialiste de l'aéronautique. "Nous ne nous attendons pas pour autant à un effondrement. Certains facteurs devraient aider à soutenir les livraisons, comme la préférence des banques pour financer des avions neufs plutôt que d'occasion", nuance-t-il.

Malgré certaines incertitudes sur les divisions principales d'EADS, d'autres activités du groupe pourrait soutenir les résultats dans les années à venir. C'est notamment le cas d'EADS Astrium qui a annoncé le 2 février la signature d'une commande de 4 milliards d'euros pour 35 lanceurs Ariane 5. "Ce contrat va engendrer de forts acomptes dès 2009 et 2010 qui soutiendront la trésorerie d'EADS, qui pourrait chuter à près de 4 milliards d'euros en 2010, contre 9 milliards d'euros attendus pour 2008", explique un analyste.

Plus problématique, en revanche: la remise en cause du management. Selon La Tribune, Louis Gallois, actuel président d'EADS depuis 2007, pourrait quitter son poste à l'été. Il aurait agacé le gouvernement français sur plusieurs dossiers: la contre-offre pour une prise de participation dans Thales, alors que l'Etat voulait clairement que Dassault Aviation hérite des 20,8% du capital précédemment à Alcatel-Lucent.

Ensuite, le gouvernement accuserait Louis Gallois de ne pas tenir ses troupes. Tom Enders, l'Allemand, à la tête d'Airbus, pourrait donc être amener le remplacer. "Nicolas Sarkozy pourrait trouver un profit à mettre rapidement Tom Enders à la tête d'EADS: se rapprocher de l'Allemagne et d'Angela Merckel qui sera bientôt en campagne électorale", note le quotidien. EADS se refuse à commenter les rumeurs de presse. Mais le gouvernement français aurait-il intérêt à relancer des guerres intestines entre l'Allemagne et la France alors que l'arrivée de Louis Gallois en 2007, a mis fin à sept années de présidence bicéphale entre l'Allemagne et la France, un système qui ne fonctionnait pas? Relancer aujourd'hui le débat, en pleine négociation sur l'A400M, pourrait s'avérer contre-productif.