Coach ou pas coach

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Depuis quelque temps, je ne sais pas pourquoi, je pense aux coachs. Peut-être que je me sens démuni, peut-être que je ne sais plus à quel saint me vouer, peut-être que je cherche à faire la liste de tous ceux qui sont dans la merde ou au contraire de tous les soutiens sur lesquels je pourrais bientôt avoir à compter? Je ne sais pas. Je pense à eux. Pendant un moment, les coachs ont eu une grande importance. Il y avait des coachs de vie, des coachs de carrière, et même des coachs qui faisaient les deux. Ça n’était pas vraiment des psys, parce qu’on n’avait pas besoin d’eux pour ‘ça’. Pas vraiment des amis non plus, donc on pouvait attendre d’eux qu’ils soient honnêtes. Et Dieu merci, ils n’étaient pas non plus votre famille. Ils étaient tout simplement ceux qui s’engageaient à relier celui que vous êtes et celui que vous voulez être. Ceux qui pouvaient vous aider à vous adapter aux mutations du monde du travail et de votre "Soi".

Dans le bon vieux temps (il y a six mois), les coachs florissaient. Ils étaient passés du gourou alternatif qui aide un avocat à se connecter à son moi créatif, au grand nom diplômé, consulté sur le "team-building" par les sociétés listées par Fortune 500.

Avec la récession et la crise omniprésentes, je me demande comment les coachs arrivent à s’adapter eux-mêmes. Comme des canaris au fond de la mine, la façon dont les coachs réagissent au terrain ambiant pourrait nous servir à tous de signal d’alarme. Les probabilités ne jouent pas en leur faveur. Non seulement les gens vont avoir moins d’argent disponible à dépenser, mais en plus les coachs incarnent le changement – à la fois sur le plan professionnel et sur le plan personnel. Ils ne sont pas faits pour vous convaincre que vous êtes bien mieux là où vous êtes, parce qu’alors, ils n’ont plus de rives à relier, et donc plus rien à vendre. Et les seuls qui pourraient vouloir un changement radical et immédiat sont fauchés et déprimés.

D’un côté, les coachs sont brusquement devenus un luxe dépassé – des gens qui vous aidaient à sauter le pas vers un nouveau boulot à une époque où il y avait des boulots vers lesquels sauter. Mais d’un autre côté, les coachs pourraient bien être précisément ce dont les gens ont besoin en ce moment, que ce soit pour une simple assistance tactique, recommencer à écrire, travailler son réseau, se préparer aux entretiens et aux négociations, ou surtout pour des choses comme vous tenir la main et vous tapoter gentiment le dos quand on doit affronter des perspectives professionnelles terrifiantes. Quand on a annoncé que l’économie américaine venait de perdre encore 533.000 emplois, les chiffres ne tenaient pas compte des 420.000 personnes supplémentaires qui ont renoncé à en chercher un.

Mais justement, voilà. Les fauchés déprimés peuvent parfaitement devenir un marché de niche. 420.000, quand même, déjà, ça n’est pas rien, pour commencer. Leur nombre ne va pas cesser de grandir et un bon coach est capable de prendre ce marché. Les coachs doivent transformer leurs paroles en actes – vous savez, identifier l’adversité et la transformer en opportunité.

On oublie le job de rêve qui s’éloigne au fur et à mesure qu’on s’en approche, on se concentre sur les exigences du présent – aider les gens à garder ce job qui les déprime mais qui a le mérite d’exister. On arrête d’essayer de convaincre ce cadre qu’il était né pour être sculpteur. Il n’a plus de boulot. Trouvez-lui en un, c’est tout. Et si vous n’y arrivez pas, engagez-le pour coacher d’autres cadres. Ne vous faites plus rémunérer à l’heure, mais à la "com", quand votre client est engagé, et si votre autre client est viré, vous faites pareil pour lui. Le turnover vous garantira un flux stable de liquidités, et c’est tout ce qu’il vous faut pour survivre. Bon, ça n’est pas aussi glamour que la retraite de trois jours à Evian où vous demandiez aux commerciaux de Danone d’attraper leurs collègues les yeux bandés. Mais ça n’est pas pire que de conduire une horrible voiture hybride pendant 19 heures jusqu’à Washington comme l’ont fait les PDG de Ford, Chrysler et GM la semaine dernière pour prouver leur capacité d’adaptation.

Peut être que l’heure de vérité est arrivée pour les coachs. Qui sont les vrais de vrai? Qui sont les imposteurs? C’est facile de prêcher la confiance et les grands changements quand l’avenir est dégagé. C’est autre chose de développer la fierté et la persévérance d’une équipe qui perd. Comme on dit, "Ceux qui ne savent rien faire donnent des cours, et comme ajoute Woody Allen, ceux qui ne savent pas donner des cours, donnent des cours de gym."