Tiens bon, Angela !

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Il est de bon ton, ces jours-ci sur les bords de Seine, de railler l'Allemagne pour sa passivité face à la crise financière et aux menaces de récession. Et de comparer ce coupable attentisme à l'activité débordante manifestée à l'Elysée. Petit rendez-vous lundi 8 décembre à Londres entre Nicolas Sarkozy et Gordon Brown pour préparer le sommet européen du 11 décembre. La chancelière allemande n'était pas là. Comme si elle ne présidait pas aux destinées de la première économie de l'Union. Mais comme elle ne veut pas faire de la relance à grand spectacle, on la juge égoïste.. Pour être juste, à l'orée d'une année électorale 2009 très dense en Allemagne (européennes en juin, législatives en septembre), il se trouve même là-bas quelques élus pour demander un coup de pouce "à la française" en faveur des ménages.

A Paris, dans un mélange harmonieux d'ignorance et de mauvaise foi, on continue à faire semblant d'ignorer comment fonctionne l'Allemagne: lentement. Pour maintenir en bon état le moral des Français, pour qu'ils ne cessent ni de consommer ni d'investir, Nicolas Sarkozy est convaincu qu'il doit accélérer. En Allemagne, le gouvernement fédéral est tenu de consulter 16 Länders fédérés, les syndicats, le patronat, toutes les associations professionnelles et une batterie d'experts indépendants. Aller vite? Impossible. Mieux vaut aller loin.

Croissance enviable

Depuis 2003, les réformes structurelles ont apporté au pays une croissance enviable. Réglementation du travail; indemnisation des chômeurs; incitations au retour à l'emploi et minima sociaux. Sans oublier la réforme des retraites, celle de l'assurance maladie, un début de réforme du droit fiscal et bien sûr la consolidation budgétaire. Ces réformes ont été à peine entamées en France. Alors laisser filer les dépenses publiques par solidarité avec Nicolas Sarkozy? Prendre à nouveau le risque du déficit chronique ? Pas question. Tant pis si le Financial Times reproche à l'Allemagne de vouloir bénéficier, au travers de ses exportations, des plans de relance de la consommation que ses voisins sont en train d'installer.

Compte tenu de l'importance de l'économie allemande pour l'Europe, mieux vaut ne prendre aucun risque. Angela Merkel doit tenir bon.

Tentation

Il ne s'agit pas de s'opposer par principe au volontarisme de Nicolas Sarkozy. Mais l'Allemagne se méfie des plans de relance conjoncturels. A la fin des années 70, pour combattre les effets des deux chocs pétroliers, le pays avait cédé à la tentation. Il estime aujourd'hui que cette faiblesse lui a apporté le chômage de masse dont il a le plus grand mal à se débarrasser. Ensuite, pendant la réunification, la pluie indifférenciée de subventions qui s'est abattue sur les Länders est rétrospectivement accusée d'avoir brisé leur croissance. Ce genre de "gaspillage" est devenu anathème outre-Rhin.

L'Allemagne et la France ont des biorythmes économiques différents. Isabelle Bourgeois, chercheuse au Centre d'Informations et de recherche sur l'Allemagne (Cirac ), résume en quelques mots : "L'Allemagne est un pays qui fonctionne à la confiance, le gouvernement travaille en silence. En France, la méfiance est la règle et l'activisme politique tente de triompher de cette méfiance". L'experte conclut, mi figue mi raisin: " En Allemagne, si la chancelière faisait un discours sur la relance économique par semaine, les gens ne seraient pas rassurés, ils seraient carrément affolés".