Le PDG de Merrill Lynch renonce à son bonus

E24 avec AFP

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John Thain a finalement renoncé à son bonus. Selon la presse américaine, le PDG de la banque d'affaires rachetée par Bank of America demandait un bonus de 10 millions de dollars, demande qui faisait l'objet d'un vif débat en interne avec le comité des rémunérations de la banque.

L'affaire, révélée par la presse, a suscité un tollé au sein de la classe politique, qui a finalement eu raison des desiderata du dirigeant. Quatre autres dirigeants de la banque ont eux aussi accepté de ne pas recevoir de bonus: Greg Fleming, directeur opérationnel, Nelson Chai, directeur financier, Robert McCann, patron de la gestion de fortune et Rosemary Berkery, directeur juridique.

"Lors d'un conseil d'administration qui était prévu, John Thain, président directeur général, a demandé à ne pas recevoir de bonus pour 2008. Chacun des quatre directeurs de Merrill Lynch (...) a demandé à ne pas recevoir de bonus non plus en 2008", a indiqué la banque dans un communiqué. "M. Thain et les autres directeurs croient qu'il s'agit de la recommandation au conseil appropriée pour les actionnaires et les salariés de Merrill Lynch étant donné les conditions économiques et de marché actuelles", a ajouté la banque.

La banque a déjà envisagé de réduire moitié le bonus de ses employés.

Merrill Lynch, qui était très exposée aux produits financiers à risques, n'a probablement échappé à une faillite en septembre qu'en étant rachetée par la grande banque généraliste Bank of America. L'opération doit être finalisée dans les toutes prochaines semaines.

Rémunération choquante

La possibilité que John Thain obtienne une prime conséquente alors que son groupe licencie et doit obtenir 10 milliards de dollars d'aides publiques avait été qualifiée de "choquante" par le ministre de la justice de l'Etat de New York.

"Ce ministère est en train d'enquêter sur divers aspects des rémunérations pratiquées par les groupes de Wall Street, dont Merrill Lynch", a rappelé Andrew Cuomo dans un communiqué, en ajoutant que le mois dernier, le Conseil d'administration de la banque avait assuré que toute prime "reposerait sur les performances et sur les besoins de conserver" des liquidités.

"Merrill a essuyé des pertes chaque trimestre cette année (...) De toute évidence la performance des responsables de Merrill au cours de cette année abyssale ne justifie en aucun cas le versement de primes aux dirigeants, PDG compris", a souligné M. Cuomo.

Tollé politique

Le leader de la majorité démocrate au Sénat Harry Reid s'en est pris au "culot" de John Thain.

"Le plan de soutien au système financier, par lequel Merrill a reçu des milliards de dollars du contribuable, a été conçu pour limiter les primes aux dirigeants et les 'parachutes dorés'", a-t-il déclaré dans un communiqué.

Les Américains "qui luttent pour conserver leur emploi et leur maison", et "choisissent quelle facture payer ce mois-ci pour pouvoir s'en sortir" ne veulent pas voir leurs deniers "dépensés pour rétribuer des dirigeants largement responsables de la crise économique", a fustigé M. Reid.

Chute des rémunérations

Selon une étude récente du cabinet Johnson Associates, spécialisé dans le conseil en rémunération, les dirigeants des banques new-yorkaises devraient voir leurs primes chuter jusqu'à 70% par rapport à l'an dernier.

La plupart des grandes banques américaines ont, au cours des dernières semaines, vu leurs dirigeants renoncer à leurs bonus au titre de l'exercice 2008. Une mesure décidée alors que ces banques ont reçu un soutien financier direct de la part des contribuables et que leurs actionnaires ont été appauvris par les contrecoups de la crise immobilière américaine.