L'ex-patron de Parmalat , seul condamné

E24 avec AFP

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Poursuivi pour manipulation des cours de Bourse, entrave à l'activité des organes de surveillance et complicité de faux en bilan, Calisto Tanzi, le fondateur du groupe Parmalat, a été condamné jeudi soir à dix ans de prison à Milan (nord). En 2003, le krach de l'entreprise agroalimentaire italienne avait laissé un trou de 14 milliards d'euros. Cinq ans plus tard, la justice italienne a fait tomber sa première condamnation dans cette affaire qui a lésé des dizaines de milliers d'épargnants, mais la presse était critique vendredi vis-à-vis d'un jugement qui fait de l'ex-patron du groupe alimentaire le seul coupable.

En raison de son âge (70 ans), Tanzi, qui est la seule personne physique condamnée, n'ira toutefois pas derrière les barreaux mais devrait être assigné à résidence. Le procureur, qui avait comparé ce krach à "une vilaine affaire de mafia", avait requis 13 ans de réclusion à son encontre. La société d'audit Italaudit (ex-Grant Thornton) a été pour sa part condamnée à une amende de 240.000 euros et à la confiscation de 455.000 euros.

La Cour a en revanche relaxé sept autres prévenus, dont trois cadres de la banque américaine Bank of America et des administrateurs indépendants de Parmalat, contre l'avis du parquet. Ce procès qui avait commencé en septembre 2005 est le premier dans l'affaire Parmalat, un des plus gros scandales financiers en Europe. Bank of America s'est félicitée du jugement et a assuré que "personne au sein de la banque ne savait ou n'aurait pu découvrir la véritable situation financière de Parmalat".

Le parquet et les avocats de Calisto Tanzi avaient pourtant accusé les banques, et en particulier l'américaine, d'avoir vendu au public des obligations Parmalat afin de sauvegarder leurs propres investissements, tout en connaissant son insolvabilité. La presse italienne s'étonnait vendredi que cette énorme fraude qui a englouti les économies de 135.000 épargnants ne puisse être le fait que d'un seul homme.

"Il a fallu cinq ans pour arriver à la première condamnation. D'autres suivront (...) mais le début ne promet rien de bon. Penser que Tanzi ait pu orchestrer seul toutes les opérations financières qui ont entraîné la faillite est assez curieux", souligne le quotidien économique Il Sole 24 Ore. Le quotidien de gauche La Repubblica juge "difficile à comprendre que Tanzi ait agi seul sans que les structures qu'il utilisait pour ses trafics n'aient jamais donné l'alerte".

Pour les avocats des épargnants, cette décision est "une défaite" car "la demande d'indemnisation sera théorique, Tanzi disant ne pas avoir un sou" et la responsabilité civile de Bank of America n'ayant pas été retenue. Un deuxième procès s'est ouvert à Milan en janvier 2008. Bank of America, l'américaine Citigroup et l'allemande Deutsche Bank y sont accusées de manipulations de cours et de fausses communications financières. La suisse UBS a négocié sa peine.

Ce procès, le plus important de l'affaire Parmalat par le nombre des prévenus et les peines encourues, s'est ouvert en mars dernier à Parme (nord), siège du groupe. Cinquante-cinq personnes, dont Calisto Tanzi, y sont poursuivies notamment pour banqueroute frauduleuse.