L'offre de Ryanair sur Aer Lingus ne prend pas, pour l'instant

Anne-Sophie Galliano

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Nouveau revers pour Ryanair. Son offre sur Aer Lingus, qui s'achevait le 5 janvier, est un échec total. Seul 0,01% des actionnaires d'Aer Lingus ont répondu favorablement à l'offre de la compagnie à bas coûts. Rien d'étonnant. Depuis plusieurs mois, le patron de la compagnie nationale irlandaise, Colm Barrington, clame à corps et à cris ne pas vouloir être racheté par Ryanair, qui détient déjà 29,82% de son capital. Il estime que le prix de 1,40 euro par action -qui la valorise à 748 millions d'euros au total- est loin d'être suffisant.

Ce n'est pas la première fois que Ryanair tente une offensive sur Aer Lingus. Deux ans auparavant, elle avait fait une proposition, pour deux fois le prix proposé aujourd'hui, qui fut également rejetée.

Ryanair ne baisse pas pour autant les bras, et prolonge son offre jusqu'au 13 février 2009. D'ici là, elle espère convaincre les actionnaires réticents. Les résultats d'Aer Lingus, dont les comptes sont clôturés à fin décembre, pourraient être un élément décisif. En effet, Colm Barrington estime que l'offre sous-valorise Aer Lingus dont la solidité financière est excellente. Il assurait le 22 décembre dernier que l'entreprise serait "bénéficiaire" en 2008, et qu'elle a "une robustesse financière incomparable" et "un avenir indépendant brillant". En clair: Aer Lingus n'a pas besoin de Ryanair.

Les actionnaires d'Aer Lingus sont pour l'instant convaincus, mais la publication des résultats de la compagnie pourrait changer la donne, selon Ryanair. Michael O'Leary, est persuadé "qu'Aer Lingus a subi des coûts exceptionnels importants, quoique encore non dévoilés, et que l'exercice marquera une nouvelle année de pertes importantes". La réponse dans quelques mois, lors de l'officialisation des résultats.

Un délai qui pourrait laisser le temps à Colm Barrington de trouver un nouveau partenaire "pour s'assurer que Ryanair ne puisse jamais monter à 51%" du capital, avoue le patron. Le 13 décembre dernier, il avait fait un appel du pied à Air France-KLM pour un éventuel rapprochement. Pour l'instant, la compagnie franco-néerlandaise a fait lettre morte, plus préoccupée par la négociation d'une prise de participation de 25% dans Alitalia.

Mais Colm Barrington pourrait se tourner vers d'autres compagnies comme Lufthansa prise d'une boulimie d'acquisitions depuis quelques mois (la belge Brussels Airlines, la britannique BMI, sa compatriote Eurowings et Austrian Airlines). Car finalement, pour Aer Lingus se faire absorber par une low cost n'est pas imaginable. Colm Barrington l'a martelé: "Ryanair n'a pas l'expérience des longs courriers". Comme l'expliquait Olivier Fainsilber, expert du secteur aérien au sein du cabinet Oliver Wyman à E24 le 8 décembre dernier, ce n'est pas la même culture. "Le modèle des low cost repose sur la religion du coût, et les généralistes sur celle du service pour chaque type de clientèle. Ce n'est pas le même code génétique, fusionner les deux serait culturellement héroïque", affirme-t-il. Mais les low cost possèdent 30% de parts de marché, disposent elles aussi d'un trésor de guerre, et ne comptent pas ainsi être cantonnées aux seules lignes secondaires.