Les obligations privées, comment les choisir? Mode d'emploi

Propos recueillis par Julien Beauvieux

— 

Pascal Gilbert, Responsable de la gestion obligataire à La Française des Placements répond aux question de E24.

Qu’est-ce qu’une obligation?

Une obligation est une créance émise par une entité (entreprise, Etat, collectivités locales). C'est un instrument de dette qui a une date d'émission et de remboursement. Mais contrairement à un emprunt immobilier classique, la plupart des obligations ne sont pas "amortissables". En clair, l'émetteur ne rembourse tout au long de sa durée de vie que des intérêts, généralement annuels. Le principal, ou pair, est remboursé "in fine", à la date de remboursement prévue à l'origine. Il existe plusieurs types d'obligations. Le cas le plus simple est celui des obligations à taux fixe, qui génère par exemple 4% par an sur un montant emprunté de 100 euros sur un an. L'investisseur empochera dans ce cas 4 euros d'intérêts et 100 euros un an après l'achat du titre.

L'obligation est en outre "négociable" sur les marchés financiers.

Oui et c'est une deuxième différence avec un prêt immobilier classique. Un investisseur peut choisir de l'acheter au moment de son émission, sur le marché dit "primaire". Dans l'exemple déjà cité, le particulier pourra en général acquérir à un niveau proche du pair (100 euros). Et s'il la conserve jusqu'à l'échéance, il empochera les intérêts et le remboursement du capital. L'autre solution consiste à se porter sur le marché "secondaire", celui de l'occasion. Tout comme une action, il achètera son obligation à un cours donné et pourra la céder à tout moment, pour peu qu'il trouve un acquéreur.

Comment est-elle cotée?

Le prix des obligations fluctue en fonction de nombreux critères. Qui est l'emprunteur, à quel horizon emprunte-t-il… Mais la raison fondamentale est l'évolution des taux d'intérêts du marché monétaire, qui indiquent les taux sans risque. Les cotations sont exprimées en pourcentage du pair. Reprenons notre exemple, où un investisseur paie 100% (soit 100 euros) sur le marché pour acquérir une obligation A de pair 100 euros portant intérêt à 4%. Si les taux d'intérêts sur le marché monétaire augmentent de 4% à 5%, l'obligation A sera en quelque sorte "dévaluée", car elle rémunère comparativement moins bien que le placement alternatif sur le marché monétaire. Son prix devra donc baisser en conséquence aux alentours de 99%. Le raisonnement est le même si les taux baissent de 1% (l'obligation vaut alors 101%) et si l'échéance de remboursement augmente. L'évolution ne sera cependant pas linéaire et dépend des conditions de marché.

Quelles sont les différences avec une action?

Le marché obligataire est à la fois très vaste et très compartimenté. Il est donc parfois plus difficile de céder une obligation qu'une action. Par ailleurs, si une entreprise fait faillite, les créanciers sont prioritaires sur les actionnaires pour recouvrer leur mise. Historiquement, le taux de recouvrement d'une créance est de 40%, mais les disparités sont très fortes suivant les situations et les secteurs. Dans le cas de la faillite de Lehman Brothers, les recouvrements ne sont ainsi estimés qu'à environ 10% de la valeur des créances.

Le marché obligataire privé offre-t-il à l'heure actuelle des opportunités?

On peut effectivement atteindre des rendements intéressants de l'ordre de 6% à 8%, par exemple sur les obligations du secteur bancaire. Et si on conserve son placement jusqu'à l'échéance, on dispose d'une assez bonne visibilité.

Comment un particulier peut-il investir son épargne dans ce type de produits?

Pour investir, un particulier peut tout simplement aller voir sa banque et passer un ordre dans le cadre d'un compte titre. Il spécifiera le produit (chaque type d'obligation dispose d'un code ISIN sur Euronext), un montant d'investissement et un prix d'acquisition. Comme une action. Ce marché est néanmoins un marché de spécialiste, notamment en raison de son illiquidité. Il est plutôt conseillé de souscrire à un OPCVM obligataire, qui regroupe plusieurs lignes et est géré par un professionnel.