Économie

Et maintenant les bonus pourris!

Le groupe Credit Suisse a décidé d'intégrer dans la rémunération de ses managers une partie de ses titres douteux et très peu liquides.

La crise financière qui secoue la planète a au moins un avantage. Elle rappelle à tous que l'économie, l'investissement, les placements, sont des activités à haut risque. Pour bien le faire comprendre à ses managers, le groupe Credit Suisse a décidé d'intégrer dans leur rémunération une partie de titres douteux tels que junk bonds, obligations adossés à des prêts immobiliers et prêts à des entreprises en difficulté. Bref des titres très peu liquides, c'est-à-dire difficiles à transformer en espèces sonnantes et trébuchantes. En somme, il s'agit d'intégrer dans la rémunération les actifs douteux créés par l'activité même de la banque, au lieu de revendre à perte ces actifs sur le marché. A finance risquée, bonus pourri.

Traditionnellement, les managers recevaient la moitié de leur salaire en liquide, le reste en actions de la maison. C'est fini. Pour 2008, 80% de la partie actions proviendra d'une "structure d'actifs partenaire" (en anglais partner asset facility, PAF). Pour toucher sur ces placements, il faudra attendre au moins huit ans, sauf imprévu, et la banque assure que 90% des prêts qui sous-tendent ces titres seront honorés un jour ou l'autre. En outre, la partie "cash" du bonus pourra être récupérée par la banque si sa situation globale l'exige.

L'annonce de cette nouvelle donne a provoqué une levée de boucliers dans les étages supérieurs de la banque, certains directeurs laissant entendre que l'initiative n'est pas légale. On leur répond que les risques que certains d'entre eux ont fait prendre à la banque doivent, en toute justice, se retrouver sur leur fiche de paye. En espérant que le nouveau système les poussera à se montrer plus prudents à l'avenir.

Credit Suisse, qui a réalisé cette année des pertes d'au moins 4,6 milliards de dollars (3,3 milliards d'euros), vient de se séparer de 5.300 employés, soit 11% de ses effectifs. C'est elle qui avait sauvé la banque UBS de la faillite il y a quelques mois. UBS elle même avait pris des mesures pour faire cesser les excès en matière de rémunération.