Règlementer le prix aux consommateurs: un concept dépassé

Anne-Sophie Galliano

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Accélérer les programmes d'investissements (8 milliards d'euros en 2009) en maintenant un prix réglementé de l'électricité, une équation économique qui ne semble plus viable aujourd'hui pour EDF. C'est en substance ce que Pierre Gadonneix, PDG d'EDF déclare . Avec des investissements très importants, le prix de vente au détail aux consommateurs peut-il toujours être régulé? "Les français doivent être conscients que, en euros constants, c'est- à-dire hors inflation, les prix de l'électricité sont inférieurs de 30% en 2007 à ce qu'ils étaient il y a vingt ans", a expliqué Pierre Gadonneix. Les opérateurs alternatifs (1,5% du marché), tel Direct Energie, plaident aussi pour la fin de ce prix régulé fixé par l'Etat et indexé au maximum sur la hausse de l'inflation. Pour l'heure, et ce jusqu'en 2010 il en sera ainsi, mais après? Les négociations sont en cours. Dans l'idéal, EDF voudrait un prix totalement libre, afin de rétribuer le coût de ses investissements dans le prix de vente de son électricité aux consommateurs. Ce qui conduirait à une augmentation des tarifs, ce que l'Etat ne pourrait accepter, puisque l'électricité relève du service public.

Mais dans un contexte de concurrence, la régulation des prix aux consommateurs est-il un concept dépassé? Pas forcément, répond Direct Energie qui s'approvisionne, comme tous les concurrents d'EDF, chez EDF pour l'énergie nucléaire, la moins chère aujourd'hui. Pour Fabien Choné, directeur général de l'opérateur alternatif, "c'est l'encadrement du prix de vente de la production nucléaire serait la solution. En d'autres termes, si l'on régulait le prix auquel EDF revend son énergie nucléaire aux opérateurs alternatifs, on stimulerait la concurrence ce qui conduirait à une baisse des prix pour le consommateur. "Lorsqu'on doit réguler, il faut le faire le plus en amont possible pour que la concurrence en aval puisse générer le maximum de bénéfices", défend Fabien Choné. "Et aucun opérateur n'aurait intérêt à augmenter dramatiquement ses prix, au contraire", remarque-t-il.

Direct Energie, qui a en projet cette année de construire une centrale au gaz (usine de production d'électricité fonctionnant au gaz) pour 600 millions d'euros selon les estimations du marché, serait prêt à investir, en partenariat, pour la construction de nouvelles centrales nucléaires, véritable clé de voûte de la production d'électricité aujourd'hui. La demande est croissante en France, liée à la généralisation des nouvelles technologies et l'augmentation de la population française. "En France, les pics augmentent d'en moyenne 8.000 mégawatts tous les cinq ans, donc pour suivre il faut construire 10 centrales tous les cinq ans", explique Fabien Chone.

Les réponses sont à attendre de la Commission Champsaur qui planche sur une refonte totale des tarifs d'électricité. L'Etat devra ensuite trancher. Réponse au printemps 2009.