Le rail français a besoin de 200 millions d'euros

E24 avec AFP

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Il faut mettre fin aux disputes internes entre la SNCF et Réseaux ferrés de France (RFF) qui ruine le réseau ferroviaire français. Dans un rapport rendu public jeudi 9 octobre dernier, le sénateur UMP Hubert Haenel s'en prend aux "insuffisances de financement" et aux "dysfonctionnements organisationnels" dans la gestion des infrastructures ferroviaires. Un constat qui tombe à pic en pleine déconfiture du rail français après des ruptures de caténaires à répétition.

Jusqu'à maintenant, la SNCF et RFF se sont contentés de gérer les incidents et de maintenir le réseau en état de fonctionnement. Ca ne suffit plus. "L'absence de renouvellement des équipements ne sera plus longtemps supportable", prévient Hubert Haenel. Le constat ne date pas d'hier: en 2005, un audit suisse dénonçait déjà l'état désastreux des lignes normales.

Modifier en profondeur

A qui la faute? A la séparation des activités ferroviaires. En 1997, l'Etat a scindé la SNCF, qui fait rouler les trains, et RFF, à qui appartiennent les rails. Une erreur, selon Hubert Haenel qui reprend les critiques émises par la Cour des comptes en 2008. Cette division des tâches est trop complexe, ce qui entraîne des "surcoûts", pointe Hubert Haenel. Pire, la loi de 1997 "a créé les conditions d'une opposition structurelle entre RFF et la SNCF" tandis que "l'Etat n'a pas toujours joué son rôle d'arbitre". RFF se retrouve ainsi en déficit chronique et lesté d'une dette de 28 milliards d'euros… héritée de la SNCF, déplore le sénateur. Dans ces circonstances, impossible d'envisager de grands travaux, comme la construction de 2.000 km de lignes à grande vitesse prévue par le Grenelle de l'environnement.

Pour remettre sur pied l'infrastructure ferroviaire française, il faut d'abord injecter 200 millions d'euros par ans dans le réseau, affirme le sénateur. Et modifier le système en profondeur. Comment? En créant une troisième société autonome, détenue pas la SNCF et chargée de la circulation des trains sur le réseau (élaboration des horaires, aiguillages, attributions des créneaux de circulation). Plus de 14.400 cheminots pourraient y être transférés.

Participation

Certes, mais Bruxelles veut que les choses avancent vite dans la perspective de l'ouverture à la concurrence des lignes internationales de voyageurs en 2010. Et surtout la Commissions s'irrite des conflits d'intérêt entre la SNCF et les futures concurrents européens. Aujourd'hui, c'est la SNCF qui attribue les créneaux horaires. Une mission qui incombait initialement à RFF, mais qui "faute de moyens humains pour mener à bien cette mission" -explique-t-on chez RFF- s'est résolu à sous-traiter cette tâche.

Cette situation est très mal vue par les concurrents européens de la SNCF. D'autant plus que la société française les menace directement sur leurs terres. A commencer par l'Italie. La SNCF a annoncé ce même jeudi qu'elle prenait une participation de 20% dans le capital de la compagnie ferroviaire italienne privée Nuovo Trasporto Viaggiatori (NTV). Un investissement destiné à conforter les positions du groupe français dans la grande vitesse, marché très convoitée à l'aube de la bataille européenne du rail.