Les actionnaires belges de Fortis en colère

E24 avec AFP

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Les actionnaires belges de Fortis, qui contestent le démantèlement du bancassureur ébranlé par la crise financière, ont rejeté trois des cinq administrateurs proposés par la direction, dont le capitaine d'industrie belge Etienne Davignon.

Seuls Louis Cheung Chi Yan, qui représente le premier actionnaire chinois Ping An, et le PDG désigné Karel de Boeck ont franchi la barre fatidique des 50%.

Lors d'une première assemblée générale lundi aux Pays-Bas, seuls ces trois hommes avaient réussi à obtenir la confiance, et seulement de justesse (50,63%) pour Etienne Davignon.

Selon la loi belge, le conseil d'administration de Fortis doit compter au moins 3 membres. Une autre assemblée générale devra donc être convoquée pour déterminer au moins un 3e administrateur.

Environ 3.000 actionnaires belges de Fortis, très remontés, ont demandé à leur tour des comptes ce mardi 2 décembre à la direction du groupe bancaire belgo-néerlandais qui a dû être démantelé à cause de la crise financière.

La salle était à moitié vide -5.000 actionnaires s'étaient inscrits pour participer à l'assemblée générale- mais très en colère: sous les sifflets, huées et cris de "démission!" ou "voyous!", la direction avait bien du mal à expliquer aux petits actionnaires l'enchaînement des faits ayant conduit au démantèlement du groupe.

Gros morceau

Acculé par ses investissements dans des actifs à risque et par l'achat d'ABN Amro qui s'est avéré un morceau trop gros à avaler, Fortis a dû accepter dans un premier temps une injection de 11,2 milliards d'euros par les Etats belges, néerlandais et luxembourgeois. Ils ont pris en échange une participation dans la filiale bancaire de leur pays respectif.

Les Pays-Bas ont ensuite nationalisé l'essentiel des activités néerlandaises, tandis que le groupe français BNP Paribas a trouvé un accord pour prendre le contrôle de la majorité des activités de banque et d'assurance en Belgique et au Luxembourg.

Dans le groupe Fortis dont les petits actionnaires détiennent des titres, il ne reste que des actifs à risque, et l'action a perdu la presque totalité de sa valeur. "Je me demande pourquoi vous vous êtes inféodés à la botte de ministres incompétents", a explosé un homme se décrivant comme un "actionnaire de Fortis, à condition que ça veuille encore dire quelque chose".

Actifs toxiques

"Il ne reste à Fortis que des actifs toxiques, des dettes et des procès à intenter", a aussi avancé un représentant du cabinet de conseil Deminor, qui dit représenter 14.000 actionnaires. Et de juger "assez choquant qu'une partie du conseil d'administration demande à être réélu. On lui a donné les clés de la voiture, il l'a collé contre un mur, et il demande à ce qu'on les lui redonne aujourd'hui", a-t-il accusé.