Harvard menace de vendre, les fonds tremblent

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L'Université de Harvard continuerait de purger son portefeuille d'investissements. Selon l'agence Bloomberg qui cite une source proche des discussions, la célèbre université américaine envisagerait de céder pour 1, 5 milliard de dollars de parts dans plusieurs fonds d'investissement, parmi lesquels Bain Capital LLC.

Décote

Cette possible cession illustre les tensions sur le marché des transactions dites "secondaires" – des fonds qui vendent des portefeuilles d'investissements à d'autres fonds – puisque les négociations se feraient sur la base d'une décote de 50%.

Une telle décote illustre le déséquilibre entre les vendeurs et les acheteurs potentiels. Les premiers souhaitent vendre à tout prix; les seconds sont en revanche plus réticents à reprendre à leur compte des investissements dans des sociétés chargées de dette au moment où l'économie ralentit fortement.

Contre-performance

Harvard n'est pas la seule université à envisager de vendre des placements. C'est aussi le cas de l'Université de Virginie à Charlottesville. Mais Harvard est de loin la plus emblématique, non seulement par sa renommée, mais également par la masse des actifs sous gestion: 43 milliards de dollars à fin juin. En outre, l'université souffre déjà de la chute de la plupart des indices boursiers et de la baisse de valorisation de nombreux actifs cotés.

Ce qui est nouveau, c'est que l'institution soit obligée de céder des actifs dans des fonds d'investissement. Cet argent est généralement investi sur de longues périodes. Les placements dans le "private equity" sont supposés rapporter plus que d'autres actifs risqués comme les actions, mais ont l'inconvénient d'être peu liquides, c'est-à-dire difficiles à revendre.

Changement de décor

La décision de Harvard serait justifiée par la volonté de mieux contrôler les investissements de l'université en les confiant à un plus petit nombre de gestionnaires extérieurs. Elle irait cependant à l'encontre de ses projets, lesquels prévoyaient de porter de 11% à 13% la part du "private equity" dans ses placements.

Entre 2003 et 2007, la forte rentabilité des investissements dans le private equity a contribué à la croissance des résultats des grandes universités américaines, Harvard en tête.

Changement de décor avec la récession. La crise financière n'épargne aucune classe d'actifs, pas même le private equity. Elle pénalise tant le marché de la dette - où les fonds puisent une grande partie de leurs ressources pour racheter des entreprises - que le marché des actions, qui constitue une porte de sortie naturelle et importante pour réaliser leurs plus-values.

La chute des valorisations ferme temporairement ces deux marchés pourtant vitaux. Et les fonds qui parviendront à s'en sortir seront ceux qui n'ont pas succombé à l'envolée des prix des transactions.