Immobilier de luxe: les prix baissent à Londres

Stéphane Marchand

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Décidément, sur le marché immobilier, tout le monde boit la tasse. Knight Frank, un cabinet immobilier présent partout sur la planète, vient de confier que même dans les quartiers les plus exclusifs de Londres, les prix continuent de baisser. Les vendeurs cèdent de plus en plus de terrain face aux acheteurs.

Si l’on considère les neuf quartiers les plus prisés de la capitale britannique, marqués sur la carte ci-dessous (Mayfair, St John’s Wood, Regent’s Park, Kensington, Notting Hill, Chelsea, Knightsbridge, Belgravia et South Bank), et les maisons ou appartements valant plus de un million de livres (1,2 million d’euros), la valeur des biens a chuté de 3,6 % en novembre par rapport à octobre. Du jamais vu depuis 1976. La crise financière la plus violente depuis la grande dépression des années 30 et son impact sur les bonus des golden boys de la City, expliquent largement cette glissade qui promet de continuer encore pendant plusieurs mois. Les quartiers les plus huppés avaient longtemps résisté face à la récession, mais la faillite de Lehman Brother a brisé la digue. Au moins 62 000 emplois peuvent disparaître dans la City et dans cette catégorie de prix immobiliers, ce sont ces super salariés de la finance qui font le marché.


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En revanche, les biens valant plus de 5 millions de livres (6 millions d’euros) n’ont cédé que 1,9 % en octobre car ils sont possédés et vendus par une catégorie très différente de propriétaires. Ce léger recul, couplé avec une dévaluation de la livre par rapport au dollar, rend d’ailleurs ces propriétés d’exception très attrayantes pour toute la zone dollar: pour un détenteur de billets verts en grand quantité, une baisse de 15% de l’une de ces maisons équivaut à une baisse réelle d’environ 35%. Plus d’un tiers. Pour les amateurs de biens absolument uniques, c’est tentant.

Il y a encore quelques mois, le triangle d’or londonien semblait hors d’atteinte. En mars, un appartement au 8, place St James, à égale distance du 10, Downing Street et du palais de Buckingham, avait été acheté pour au moins 115 millions de livres (139 milions d’euros), devenant le bien immobilier le plus cher du monde. Selon les agents immobiliers, l’immeuble correspondant devrait accueillir en tout six appartements "extravagants". L’immeuble –originellement des bureaux – du "8" avait été acheté en novembre 2007 pour 125 millions de livres par Labarre Trading, une société immatriculée aux Iles Vierges. Selon le Sunday Times, elle opérerait au nom d’une famille suisse.

54 000 livres le mètre carré

Le quartier de St James abrite à la fois la vieille élite britannique, le Prince de Galles à Clarence House et les clubs très select de Pall Mall, et les nouvelles fortunes issues des hedge funds et du "private equity". Les appartements libres y sont extrêmement rares. Le mètre carré se négociait en début d’année autour de 54 000 livres, environ 65 000 euros. Avenue Montaigne à Paris, le mètre carré coûte au plus 15 000 euros.

A St James, l’Inde est bien représentée. Les frères Hinduja se sont installés dans le quartier. En 2006, ils ont acheté une maison de famille sur Carlton House Terrace pour 58 millions de livres. Elle doit être assez grande pour loger au moins 38 membres de cette grande famille. Un autre Indien avait établi un record en 2004. Lakshmi Mittal, l’homme le plus riche du Royaume, avait payé 70 millions de livres une maison de douze pièces près du palais de Kensington.