De 5 à 6 milliards d'aides et une nécessaire évolution du secteur

Anne-Sophie Galliano

— 

Très attendus, les Etats Généraux de l'automobile ont débuté ce mardi 20 janvier avec l'annonce par François Fillon de 5 à 6 milliards d'euros d'aide supplémentaire pour que le secteur relève la tête. Au programme de la journée, plusieurs tables rondes dont les thèmes varient de la compétitivité de l'outil industriel à l'emploi et les compétences.

De ces discussions devraient naître des propositions concrètes pour aider cette industrie à passer la crise, mais surtout à évoluer. Car la crise économique a finalement été le révélateur d'un cancer qui ronge le secteur: la perte de compétitivité. La filière accuse un recul de sa compétitivité de 30% par rapport à celle de l'Allemagne. A qui la faute? Aux charges sociales et taxes exorbitantes qui pèsent sur les constructeurs et fournisseurs et qui rognent toujours plus les gains de compétitivité. Pourtant, c'est l'élément clé de succès pour les marques. PSA a fixé un objectif de gains de 6% dans son plan Cap 2010. Mais les fournisseurs, selon la marque au lion, ont dû mal à suivre. Un associé de Deloitte révélait à E24 le 28 novembre, que "dans un secteur morcelé en 32.000 entreprises, soumis à des seuils de rentabilité élevés, certains ne vont pas survivre".

C'est précisement ce que veut éviter le gouvernement français: des défaillances en masse dans la filière qui emploie 325.000 personnes et réalise un chiffre d'affaires de 52 milliards d'euros. Le Comité de liaison des fournisseurs de l'automobile (Clifa) est alarmiste, pour lui certains fournisseurs ne tiendront peut-être même pas jusqu'à fin janvier.

Les fournisseurs, comme les constructeurs, veulent surtout des aides financières immédiates ou des mesures exceptionnelles. Le Clifa demande par exemple un report de paiement des charges sociales et fiscales pour une durée de six mois et une prise en charge de l'Etat des coûts de mise en œuvre du chômage partiel ou total". Les constructeurs, eux, veulent une aide pour combler leur besoin de trésorerie, 3 milliards d'euros pour Renault, 4 milliards pour PSA Peugeot Citroën. L'enveloppe définie, il reste maintenant à savoir comment la répartir et à quelles conditions. La filière n'aura pas le choix, il leur faut préparer l'avenir. Et l'Etat veillera à la bonne utilisation des fonds.

L'épouvantail brandit par Luc Chatel, secrétaire d'Etat à l'industrie et porte-parole du gouvernement, sur une possible entrée de l'Etat dans le capital des groupes, n'a pas été du goût des constructeurs, surtout de PSA Peugeot Citroën. Le constructeur a immédiatement modéré la situation dramatique dans lequel il disait se trouver depuis plusieurs mois. Christian Streiff, président du directoire du constructeur automobile dans une interview accordé au Figaro reconnaît que son groupe pourrait ne pas être rentable en 2009, une année qui s'annonce "terriblement difficile".

Mais "la dette des activités industrielles de PSA n'est que de 6 milliards d'euros pour 14 milliards d'euros de fonds propres et le groupe dispose d'un montant important de lignes de crédit non tirées", a encore indiqué le président du directoire. Finalement, il souhaite juste que l'Etat intervienne pour que les banques se mettent à prêter normalement. Plus question d'aides financières directes de l'Etat alors? Pas tout à fait. Christian Streiff est clair: il ne souhaite pas qu'un soutien financier de l'Etat se traduise par une modification de la répartition de son capital, son indépendance ou sa liberté d'action.