EADS: sauver la trésorerie

Anne-Sophie Galliano (à Newport)

— 

La crise économique a déstabilisé l’économie mondiale mais n'a pas eu de conséquences sur EADS grâce à sa trésorerie, a affirmé Louis Gallois, président d'EADS, lors de la présentation de ses voeux. "A la fin de l’année, nous avons 9 milliards d’euros de trésorerie pour un chiffre d’affaires de 42 milliards d’euros", insiste le président. Pour autant, EADS a lancé de gros chantiers en 2008: lancement de Power8+ qui permettra d’ici à 2011/2012 d’économiser 1 milliards d’euros, lancement de Future EADS qui prévoit la réorganisation totale du groupe, notamment l’intégration de Military Aircraft dans Airbus, et le rapprochement de EADS défense et sécurité et EADS Astrium.

Pour 2009, des dossiers restent à régler: les retards pris pour la production de l'A380 et surtout l'épineux dossier de l'A400M. Vendredi 9 janvier, EADS a reconnu qu'il ne serait pas en mesure de produire cet avion militaire avant 3 ans. Un aveu qui n'a pas été du goût du gouvernement britannique. Celui-ci a estimé ne pas pouvoir attendre autant pour disposer de son avion de transport de troupes. "Nous savons que nous sommes en retard sur le contrat et nous négocions activement avec les Etats clients pour trouver des solutions", a poursuivi Louis Gallois. Parmi les solutions, EADS tente de proposer la mise à disposition d’autres avions pour assurer l’intérim. Un remplacement à durée indéterminée: Louis Gallois n'a pas souhaité donner de date pour le premier vol de l'A400M.

En attendant, EADS négocie surtout pour limiter les pénalités de retard que le groupe devra payer aux Etats. "Nous avons sous-estimé ce programme mais nous ne sommes pas les seuls, nous pensions faire un camion volant mais l'A400 M est beaucoup plus qu'un avion civil puisqu'il faut intégrer tous les équipements militaires. L’A400 M est plus complexe que le Rafale ou l’Eurofighter", se défend Louis Gallois. "Aucun avion n’est conçu en moins de dix ans et on nous demande de le faire en moins de six". Les discussions, âpres, se poursuivent donc entre les parties pour renégocier les termes du contrat.

Des discussions ardues en perspectives dans un contexte économique difficile. EADS aborde effectivement cette nouvelle année très prudemment. Déjà, le groupe se prépare à aider ses clients pour l'achat d’avions afin d'éviter toute annulation de commandes pour 2009, comme Airbus l'avait déjà expliqué fin 2008.

Mais surtout pour passer la crise, EADS n'a qu'un mot d'ordre: protéger la trésorerie ! Pour ce faire, il limite les investissements, et surtout gèle toutes les acquisitions. "Nous venons d'abandonner le rachat d'une entreprise aux Etats-Unis. Au moment d'envoyer le chèque, nous avons abandonné, pour conserver notre trésorerie", révèle Louis Gallois. Le nom de cette entreprise? “Ce n’est pas Lockheed Martin", plaisante le président. Mais il précise que "l'investissement était significatif".