L'Espagne a utilisé "toute sa marge" contre la crise

E24 avecAFP

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"Selon moi, nous avons utilisé toute la marge de dépense publique dont nous disposions, nous avons même été un peu au-delà de ce que nous devrions, si on interprète de manière stricte le pacte de stabilité". Le ministre de l'Economie espagnol Pedro Solbes n'aurait pas pu être plus clair, dimanche 18 janvier dans une interview au quotidien El Pais. L'Etat espagnol n'a plus d'argent pour tenter de relancer la croissance.

L'exécutif socialiste a adopté en 2008 plusieurs mesures pour relancer l'activité. Et pour respecter les promesses électorales du chef du gouvernement José Luis Rodriguez Zapatero pendant la campagne pour les législatives de mars. Madrid a alloué 14 milliards d'euros aux familles, notamment via une baisse de l'impôt sur le revenu, entre 2008 et 2009 et approuvé un plan de relance des travaux publics de 11 milliards d'euros.

L'opposition a bondi après les propos du ministre de l'Economie. Les propos de Pedro Solbes démontrent qu'il "jette l'éponge, qu'il se rend, qu'il ne sait plus quoi faire", a réagi dimanche le chef de l'opposition conservatrice, Mariano Rajoy. "S'il n'a plus d'idées, le plus patriotique serait qu'il se retire", a ajouté le leader du Parti populaire (PP, droite).

"Nous vivons une situation insolite, différente de tout ce qui s'est passé jusqu'à présent (...) nous nous dirigeons vers quelque chose de très exceptionnel", a estimé Pedro Solbes, qui a présenté vendredi des nouvelles prévisions économiques du gouvernement, particulièrement pessimistes. Selon le gouvernement, le chômage pourrait grimper jusqu'à 15,9% en 2009, contre 11,33% au troisième trimestre 2008, après avoir déjà enregistré un million de chômeurs supplémentaires en 2008. Madrid table également sur un recul du PIB de 1,6% et un déficit des comptes publics de 5,8% en 2009 -plombés en particulier par le coût des mesures de relance- soit bien au-delà de la limite de 3% du pacte de stabilité européen.

La dette publique devrait atteindre 47% du PIB en 2009, environ 51% en 2010 et "entre 53 et 54%" en 2011, alors qu'elle est actuellement d'environ 40%. "Notre dette publique restera sous 55%, alors que celle d'autres pays touchera 70%", a relativisé Pedro Solbes dans l'entretien à El Pais.