René Ricol: "Les assureurs-crédits peuvent créer une catastrophe"

Thibaud Vadjoux

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"Les banquiers se remettent à faire leur métier: ils prêtent aux entreprises solvables" et ne pensent plus à se débarrasser de leurs crédits pour gagner plus d'argent en le vendant à d'autres investisseurs, affirme René Ricol, médiateur du crédit. Nommé par Nicolas Sarkozy, René Ricol doit vérifier que les PME disposent des milliards d'euros mis à la disposition des banques par l'Etat sous forme de prêts. "Il a fallu le coup de colère du Président, toute l'énergie des pouvoirs publics depuis un mois pour faire bouger l'appareil bancaire et administratif", lance le médiateur.

Dialogue difficile avec les banques

Du côté des PME réunies lundi 1er décembre matin par la CGPME (confédération générale des PME), le ton est moins optimiste. Benoît Defoug, patron de Télécom Factory, s'est vu refusé un prêt "classique", amorti sur 2 à 3 ans, pour le rachat d'une société. "La banque est revenue sur sa promesse, elle nous a opposé un refus clair en nous expliquant que nous pouvions financer l'opération sur nos fonds propres. L'opération n'était pas particulièrement risquée et nous avions la garantie d'Oséo", la banque publique des PME (70% du prêt)", plaide le patron. Un exemple parmi d'autres. Ici, l'achat d'une voiture, là un besoin de découvert pour les opérations courantes, sont refusés. Des situations déjà dénoncées par le Medef.

Les conditions d'accès au crédit se sont durcies indéniablement, comme l'a rappelé la Banque de France, dans son enquête d'octobre: "Au troisième trimestre, plus des trois quarts des banques ont durci leurs critères d’attribution de crédits aux entreprises comme elles le reconnaissent elles-mêmes ("quelque peu" pour 44 % d’entre elles, et "sensiblement" pour 33 %)"

Nouveaux gendarmes

Néanmoins, les pouvoirs publics ont repris les choses en main, martèle René Ricol. Au niveau départemental, la Banque de France, l'URSSAF, les Trésoriers Payeurs Généraux, les services fiscaux, les ASSEDIC et la CGPME sont chargés de surveiller les banques et s'assurer du bon emploi des 22 milliards d'euros avancés par le gouvernement pour aider les PME. Deux tranches de 7 et 8 milliards ont été distribuées aux banques et 5 milliards mis au guichet d'Oséo.

"Les entreprises en difficulté avec leur banques peuvent contacter le médiateur du crédit. Les agents de la médiation analysent la recevabilité des dossiers et la solvabilité des entreprises. S'ils jugent la position de la banque abusive, ils entament des négociations avec la banque. Leur influence pourra faire changer les choses, même si bien sûr, la banque est maître de son choix", explique Jean-François Roubaud, président de la CGPME. "De plus, un rapport sur le montant des prêts distribués aux PME devra être présenté au ministère de l'Economie tous les mois", ajoute t-il.

"Nous ne pouvons pas encore dresser de premier bilan sur le succès de cette opération. 1.450 dossiers sont entre nos mains. Beaucoup ont été mis de côté, ils concernaient des entreprises en faillite. Et nous sommes opérationnel dans les départements depuis 15 jours seulement", résume le médiateur du crédit.

"Les assureurs crédits peuvent créer une catastrophe"

Mais c'est un début de changement pour René Ricol. Optimiste, le médiateur estime que la baisse des taux des banques centrales et les garanties de l'Etat sur les prêts interbancaires ont permis de fluidifier le marché des titres de créance et le marché interbancaire à court terme et sur lesquels se financent les banques. Selon l'enquête de la banque de France, 62% des établissements bancaires confirment la perspective de voir ce mouvement se poursuivre au 4e trimestre.

La seconde inquiétude du médiateur du crédit, c'est le rôle déstabilisateur des assureurs de crédits. Dominique Boudier, dirigeante de Show Page, entreprise spécialisée dans la fourniture de produits informatiques, ne décolère pas: "notre société d'assurance crédit, la SFAC Euler Hermes (Allianz) qui rachète à nous fournisseurs nos factures, a diminué cet encours sur la base d'anticipation de dégradation de nos résultats 2008 pour limiter sa prise de risque".

Ces organismes qui assurent les fournisseurs en cas de défaut de paiement ont pris un rôle déterminant en devenant des agences de notations de la solvabilité des PME. Or, le marché du crédit inter-entreprise est colossal, 1.400 milliards d'euros d'encours selon le ministère de l'Economie. "En dégradant la note des PME avec des méthodes critiquables, les assureurs crédit peuvent créer une catastrophe pour le tissu de PME. Les réactions en chaîne peuvent être dramatiques", avertit René Ricol.