La télévision mobile personnelle ne sera pas lancée avant 2010

Catherine Vincent

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La télévision mobile personnelle (TMP), terme officiel pour désigner la télévision que l'on regarde sur les téléphones portables, petits écrans ou autres

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, ne sera pas lancée avant 2010. C'est ce qu'a indiqué à l'AFP Nathalie Kosciusko-Morizet, secrétaire d'Etat à l'Economie numérique, qui doit donner aujourd'hui le coup d'envoi de la mission confiée à Cyril Viguier sur le sujet. C'est aussi ce qu'indiquent de manière non officielle les acteurs de ce marché potentiel qu'ils soient dans les médias ou dans les télécommunications.

Car en matière de télévision mobile, tous doivent travailler ensemble. Sans la participation des médias qui fourniront leurs chaînes de télévision, les opérateurs de télécoms n'ont aucune chance de faire émerger le marché et vice-versa. Pourtant, les négociations entre eux sont difficiles depuis de nombreux mois. Normal, elles touchent au nerf de la guerre: qui va payer et comment engranger des recettes? Les opérateurs de télécoms ne veulent pas supporter l'intégralité des coûts.

Et la crise ajoute aux réticences. "Le déploiement d'un réseau coûte une centaine de millions d'euros", a expliqué à E24 un expert du dossier qui travaille dans le secteur audiovisuel. Si ce n'est pas grand-chose dans l'absolu compte tenu de la puissance financière des groupes de télécoms, c'est tout de même un investissement dans une technologie incertaine et dans un calendrier peu propice à toute prise de risque. "Les opérateurs de télécoms sont dans l'incertitude compte tenu de la crise et de la mise aux enchères de la 4e licence. Ils préfèrent garder des réserves opérationnelles", reconnaît cet expert.

D'autant que le modèle économique de la TMP reste à trouver. La mission Viguier est "une mission d'écoute et de dialogue, l'objectif est d'aller voir tous les partenaires, de passer du temps avec eux", afin d'aboutir à un modèle économique d'ici "fin avril", précisé Nathalie Kosciusko-Morizet. Pour elle, un lancement peut s'effectuer " à un horizon plus ou moins rapproché" selon le choix d'un nombre de partenaires, "très vaste" ou "plus restreint" avec "un noyau dur plus motivé que les autres". "Dans ce cas, ce serait évidemment un défi pour ceux qui ne sont pas dedans" et le lancement serait limité à "plusieurs villes" avant d'être étendu dans un second temps, a-t-elle souligné.

Concernant le financement du réseau, la secrétaire d'Etat a indiqué qu'elle ne "s'interdisait pas" une aide publique. Mais, a-t-elle dit, "l'objectif est de trouver un modèle économique autonome et rentable", combinant des chaînes gratuites, financées par la publicité, et des abonnements.

Pour Cyril Viguier, dirigeant de la société de production DHCV, "le succès de cette nouvelle forme de consommation de la télévision va reposer sur le contenu". La télévision mobile personnelle n'a "aucune chance de réussir si elle propose la même chose" que ce qui est diffusé sur les chaînes classiques, a-t-il ajouté, préconisant "de nouvelles formes de programmes". Les points de vue achoppent aussi sur cette question.

Les opérateurs de médias soutiennent que ce sont les programmes des chaînes de télévision tels qu'ils existent aujourd'hui qui intéressent les téléspectateurs mobiles. "Ils ne sont absolument pas contre le fait de regarder le début d'un film sur leur portable et la suite chez eux", insiste l'un d'eux. Une vision stratégique puisque pour les entreprises audiovisuelles l'investissement ne sera pas le même si elles proposent un contenu spécifique entraînant des coûts de développement. Alors que si l'offre est la même, le coût de déploiement reste limité. "Il n'est pas incohérent de lancer le marché avec les chaînes de télévision telles qu'elles existent aujourd'hui quitte, ensuite à adapter les contenus lorsque le marché aura décollé", tranche un conseil en stratégie médias. Cyril Viguier se devra quoi qu'il en soit de concilier tous les points de vue.

En attendant, et compte tenu de la conjoncture économique, les opérateurs de télécoms et de médias ne semblent pas entrevoir un lancement de la TMP en France avant fin 2010. Elle était initialement programmée en France en 2008, avec 16 chaînes retenues par le CSA. Mais après tout, comme le souligne un opérateur, "la France ne souffrira pas d'un manque de modernité si la TMP prend deux ans de retard".