Attention que la relance ne tue pas la reprise!

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Jusqu'où peut-on relancer l'économie sans détruire… l'économie? Ou, pour poser la question autrement, quand les avantages de la stimulation sont-ils rattrapés par les dangers du déficit ? Quoi qu'ils en disent chacun de leur côté, la question préoccupe tous les dirigeants européens.

Certes le pacte de stabilité prévoit des "stabilisateurs automatiques" permettant quelques largesses avec les finances publiques quand les temps sont durs. Mais attention: il ne faudrait pas qu'une fois la crise passée, le poids des déficits ne pèse sur le redémarrage de la croissance. La relance d'aujourd'hui peut tuer la reprise de demain. Tout le monde le sait, personne ne le dit.

Jeudi après-midi, la chancelière allemande Angela Merkel jonglait ouvertement avec cette inquiétude en constatant que les pays touchés par la crise, y compris l'Allemagne, accumulent "des montagnes de dettes". S'exprimant à Paris dans le cadre d'un colloque sur la réglementation du capitalisme, elle estimait toutefois, que c'est actuellement "la seule possibilité" de lutter contre les conséquences de la crise.

Dans chaque pays frappé par la crise, on relance l'économie pour sauver le présent, au risque de menacer l'avenir. En Allemagne, par exemple, le nouveau paquet de relance, qui se monte déjà à 50 milliards d'euros, va permettre d'investir dans "les technologies économiques en énergie" et de se préparer "aux changements démographiques". Il sera temps, ensuite, a poursuivi la chancelière, d'installer une économie durable, c'est-à-dire de "gagner vraiment ce que nous pouvons dépenser" sans emprunter aux pays émergents".

En France, Nicolas Sarkozy a vendu son plan de relance à 26 milliards d'euros avec les mêmes arguments: il faut faire plus vite que prévu les investissements dans l'avenir afin de prendre, en quelque sorte, la crise de vitesse. Pour lui, il est acceptable de payer ce prix pour traverser la crise. Tout le monde n'est pas d'accord et Jean-François Copé, président du groupe UMP à l'Assemblée nationale, met le président en garde: "Il va falloir surveiller la comptabilité de la relance pour gérer la crise et la réduction de la dette. C'est très explosif pour l'avenir".

Un avertissement similaire est venu de la capitale qui préside désormais l'Union européenne. De Prague, Miroslav Kalousek, le ministre Tchèque des Finances, a rappelé que la discipline budgétaire a du bon, y compris en temps de crise. Il est vrai que la république tchèque s'enorgueillit d'être le seul pays vraiment libéral et pro-marché d'Europe. Face aux "laxistes" que sont l'Irlande, le Royaume-Uni et l'Espagne, on compte généralement dans le camp des pays prêchant l'orthodoxie, l'Allemagne, mais celle-ci vient de faire l'amère expérience des conséquences de son relâchement récent. Mercredi 7 janvier, Berlin n'a pas été capable d'écouler les 6 milliards d'euros d'obligations d'Etat qu'elle voulait vendre. Pour le pays qui a inventé le pacte de stabilité, le message est rude.

Pour Kalousek, pas de doute: "S'il n’y a pas de discipline, les pays auront des problèmes pour refinancer leur dette". Il estime que les plan de relance -au moins 200 milliards d'euros à l'échelle de l'Union- ne vont pas restaurer l'optimisme, bien au contraire: "Il est essentiel que la chute de confiance dans le système financier et bancaire ne soit pas aggravé par les politiques hasardeuses de certains pays".