Réticences sur le plan européen à 200 milliards

E24 avec AFP

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Les ministres européens des Finances restent polis mais l'enthousiasme, pour soutenir le plan de relance proposé par le président de la Commission européenne José Manuel Barroso, n'était pas au rendez-vous. Ils ont prudemment soutenu, mardi 2 décembre, l'objectif d'un plan de relance d'environ 200 milliards d'euros, sans s'engager toutefois de manière contraignante en raison de réserves de plusieurs pays. Dans un texte adopté à l'issue d'une réunion à Bruxelles, ils ont "salué sur le principe" les propositions faites la semaine dernière par la Commission européenne en vue de la mise en place d'un plan de soutien à l'activité en Europe face à la récession.

Ces propositions constituent "une bonne base" pour une réponse "coordonnée" face à la crise, "prenant en compte les spécificités des Etats membres" de l'UE, ajoute-t-il. "Nous sommes d'accord pour dire qu'un paquet (de mesures) de l'ordre de 1,5% du Produit intérieur brut" européen, soit environ 200 milliards d'euros (l'objectif fixé par Bruxelles) "constituerait un stimulus significatif pour nos économies", ajoute le texte. C'est une somme qu'"il nous paraît nécessaire de consacrer à la relance", a dit Christine Lagarde, la ministre française de l'Economie. La France et le Royaume-Uni font partie des Etats souhaitant un plan le plus ambitieux possible.

Formule prudente

La prudence de la formule du texte reflète cependant les réticences d'une certain nombre d'autres pays, à commencer par l'Allemagne. Le ministre allemand des Finances Peer Steinbrück a jugé dans une interview au magazine Der Spiegel ce plan de "populiste et inefficace". L'Allemagne, sous pression pour faire davantage face à la crise économique que les 32 milliards d'euros qu'elle a déjà promis, est aussi sur ses gardes. Son ministre des Finances Peer Steinbrück a souligné que le document commun ne "spécifiait pas l'effort respectif à apporter par les différents pays". Et il a de nouveau refusé devant la presse de se laisser forcer la main. "Nous allons apporter notre contribution, la question est de savoir ce que les autres Etats vont faire", a-t-il dit. Peer Steinbrück a refusé l'idée selon laquelle l'Allemagne, du fait de l'assainissement de sa situation budgétaire, "soit forcée de prendre des mesures" de relance qui seraient en contradiction avec le cap budgétaire du gouvernement.

Par ailleurs, l'Allemagne, la Pologne, les Pays-Bas et la Suède ont obtenu que le projet de relance de l'UE ne prévoie plus l'utilisation de fonds non dépensés du budget européen, à hauteur de 5 milliards d'euros, l'argent devant donc revenir dans les budgets nationaux des gouvernements. "Le plan portait sur 200 milliards d'euros, maintenant il porte sur 195 milliards d'euros", a estimé le ministre polonais Jan Rostowski.

Des pays d'Europe de l'Est comme la Hongrie, en situation très fragile, ou la Pologne, ne veulent pas laisser filer leurs déficits. Et à l'intérieur de la zone euro, l'Irlande ou la Grèce ont peu de marge de manoeuvre budgétaire avec des déficits déjà profondément dans le rouge.

TVA

Berlin a de même refusé que le plan mentionne spécifiquement l'adoption de taux réduits de TVA parmi les mesures à prendre face à la récession. L'Allemagne est en conflit à ce sujet avec la France, qui réclame de longue date un taux réduit dans la restauration. Les ministres n'ont en revanche pas eu de problème pour soutenir l'idée que la Banque européenne d'investisssement (BEI) augmente son volume de prêts de quelque 31 milliards d'euros au total sur deux ans, en 2009 et 2010.