Les banquiers sous pression politique

Julien Beauvieux

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La pression exercée par Nicolas Sarkozy pour supprimer les bonus des dirigeants de banques françaises porte-t-elle ses fruits? Alors que samedi 17 janvier, le président de BNP Paribas, Michel Pébereau, et son directeur général, Baudouin Prot, ont annoncé qu'ils renonçaient à leur bonus pour 2008, le conseil d'administration du Crédit Agricole envisagerait à son tour de supprimer le bonus du directeur général de la première banque française, Georges Pauget, selon une source proche du dossier citée par l'AFP. Même son de cloche à la Société Générale, où le Conseil d'administration a "accepté la proposition de Daniel Bouton, Président, et Frédéric Oudéa, Directeur général, de (...) renoncer à la part variable de leurs rémunérations".

Cette décision très politique contreviendrait pourtant au processus de décision habituel. Dans la pratique, c'est le conseil d'administration d'une entreprise qui fixe les règles du jeu en matière de rémunération des dirigeants, épaulé par le comité des rémunérations quand il existe. Ce sont en effet ces instances qui président au choix des critères d'attribution. Les bonus calculés sont égaux "à un pourcentage de la rémunération fixe déterminée par le conseil d'administration", précise le rapport annuel 2007 de la Société Générale.

L'affaire Kerviel a cependant laissé des traces. Le conseil d'administration du 30 janvier 2008 avait tenu compte de la fraude exceptionnelle pour ne pas verser de part variable au titre de l'exercice 2007 à Daniel Bouton et Philippe Citerne. Ces derniers avaient tout de même touché respectivement 1,25 et 0,75 million d'euros de rémunération fixe.

Au Crédit Agricole, le variable de Georges Pauget était composé en 2007 à 40% par "des indicateurs de performance du groupe", comme l'évolution du bénéfice net par action. Les 60% restant correspondaient à une "appréciation portée sur la mise en œuvre du volet managérial du plan de développement et du projet industriel du groupe", ainsi que "la réalisation des opérations de croissance externe et la maîtrise du coefficient d'exploitation". Silence radio en revanche sur des objectifs chiffrés plus précis.

La prise en compte de ces critères avait abouti sur l'exercice 2007 à des rémunérations plus que généreuses. A la BNP, Michel Pébereau a ainsi touché 875.000 euros de rémunération variable, établie sur les performances réalisées en 2006, et 700.000 euros pour la partie fixe. Baudouin Prot a lui perçu 2.272.608 euros de variable et 900.000 euros de fixe. Ces sommes ne prennent pas en compte les jetons de présence (respectivement 29.728 et 142.273 euros), distribués au titre des mandats exercés dans les sociétés du groupe. Les dirigeants disposent par ailleurs d'avantages comme l'accès à une voiture de fonction et à un logement de fonction, ou encore le financement de leur départ à la retraite.

Ce dernier peut s'avérer très généreux. L'an dernier, René Carron, le président du Crédit Agricole, a reçu 142.720 euros de prime de financement de sa retraite en complément de sa rémunération de 420.000 euros. Georges Pauget, son directeur général a lui reçu 920.000 euros de fixe, puis 957.100 euros de variable.

L'année 2007 ayant été une très bonne année pour le secteur bancaire, les dirigeants des banques auront peut-être du mal à faire admettre aux politiques et à l'opinion publique qu'ils méritent leur bonus, alors qu'en 2008, les principales banques françaises devraient enregistrer une très forte détérioration de leur rentabilité.