Économie

La Banque centrale européenne fait un virage à 180°

La BCE assouplit ses règles de crédit pour aider la Grèce à sortir de sa crise budgétaire.

"Nous ne changerons pas notre système de collatéraux pour le bien d'un pays particulier. Cela est clair comme de l'eau de roche". La phrase est signée du président de la Banque centrale européenne (BCE), Jean-Claude Trichet, il y a à peine quatre mois.

Depuis la crise grecque est passée par là et la BCE a annoncé lundi un assouplissement ses règles de crédit. Une mesure exceptionnelle qui risque de mettre à mal sa crédibilité.

Assouplissement

En opposition avec ses principes, l'institution de Francfort s'est résolue lundi d'accepter en garantie ("collatéraux") des titres de dettes grecques, même s'ils sont considérés comme risqués, contre l'échange de prêts. La mesure restera en vigueur jusqu'à nouvel ordre.

Les titres grecs menaçaient d'être rayés de la liste des garanties acceptées par la BCE en raison de la mauvaise note attribuée par les agences de notation.

Les banques grecques détiennent cependant la majeure partie de la dette du pays et restent très dépendantes de la BCE pour leur refinancement. Exclure ces obligations aurait signifié leur couper les vivres et étrangler un peu plus une économie mal en point qui va en outre s'engager dans une cure d'austérité sans précédent .

Bouffée d'oxygène

La décision de la BCE d'assouplir ces règles offre ainsi une bouffée oxygène à la Grèce et du calma sur les marchés financiers.

"Ces temps désespérés appellent des gestes désespérés et la décision d'aujourd'hui est un pas dans la bonne direction", réagissent les analystes de la Royal Bank of Scotland.

Les événements de ces derniers mois ont cependant "définitivement écorné la crédibilité et la réputation de la BCE", estime Carsten Brzeski, économiste chez ING.

Car la BCE s'était montré très réticente dès le début à l'intervention du Fonds monétaire international dans le plan de sauvetage de la Grèce activé dimanche dernier. Sous pression de l'Allemagne, elle avait finalement dû s'y résigner.

La décision n'a sans doute "pas été prise de gaîté de cœur", mais elle montre aussi "que la BCE semble finalement bien plus pragmatique que ce qu'on pouvait penser", a déclaré à l'AFP Gilles Moec, économiste de la Deutsche Bank.