Goldman Sachs: Fabrice Tourre va s'expliquer devant le Sénat américain

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"Il faut que je saute, merci, au revoir". Ce sont les seuls mots qu'un journaliste de l'Agence Bloomberg a réussi à arracher à Fabrice Tourre ces dernières semaines.

Depuis la révélation du scandale autour de son employeur, la banque d'affaires Goldman Sachs, le Français est aux abonnés absents.

Fabrice Tourre doit pourtant aller s'expliquer demain devant une commission sénatoriale aux Etats-Unis, aux côtés du PDG de l'établissement, Lloyds Blankfein, et de son directeur financier, David Viniar.

Le scandale Goldman Sachs

"Fabulous Fab" est au cœur d'une enquête menée depuis le 16 avril par les gendarmes des marchés américains (SEC) et britanniques (FSA). Goldman Sachs est accusé d'avoir entraîné la crise financière et d'en avoir tiré profit.

L'affaire remonte à avril 2007, juste avant l'éclatement des subprimes aux Etats-Unis. La banque d'affaires new-yorkaise aurait poussé des investisseurs à acheter ces fameux produits dérives de crédits hypothécaires, tout en cachant une partie des risques et en pariant, de son côté, sur une baisse du marché immobilier.

Cette fraude présumée aurait coûté plus de 741 millions d'euros aux investisseurs et aurait rapporté beaucoup d'argent à la banque, aujourd'hui en excellente santé financière.

Créateur des subprimes

Fabrice Tourre est accusé personnellement d'avoir été au courant de ces agissements et de les avoir encouragés.

Elève modèle, passé par les meilleures écoles, le Français de 31 ans est arrivé en 2001 au département des crédits à risques de la prestigieuse banque de New York. C'est là qu'il a participé à la création du produit dérivé des subprimes, plus connu dans le milieu sous le nom d'Abacus.

Le week-end dernier, la sous-commission d'enquête permanente du Sénat américain a publié une série de messages électroniques qui montrent que la banque a largement tiré profit des subprimes.

"Nous n'avons bien évidemment pas échappé à la pétaudière des crédits immobiliers à risque. Nous avons perdu de l'argent et ensuite nous en avons gagné plus que nous n'en avons perdu grâce à nos positions courtes" écrivait ainsi Lloyd Blankfein.

Et pour le président de la sous-commission sénatoriale permanente d'enquête, Carl Levin, Goldman Sachs a favorisé l'éclosion de la crise financière mondiale.

Contre-attaque

La banque d'affaires a immédiatement répliqué. Elle a publié à son tour une série d'échanges de messages électroniques pour prouver que ses dirigeants s'inquiétaient dès décembre 2006 de la montée des risques associés aux crédits immobiliers.

"Le résumé de la situation n'est pas très folichon pour le marché américain des produits immobiliers à risques... D'après Sparks, ce segment d'affaires est totalement mort, et les pauvres petits emprunteurs peu solvables ne vont pas faire de vieux os", écrivait ainsi Fabrice Tourré le 7 mars 2007.

Goldman Sachs a aussi affirmé n'avoir jamais parié contre ses clients ou contre le marché des produits immobiliers américain, rappelant que celui-ci lui avait fait perdre 1,7 milliard de dollars nets en 2008.

La banque a enfin souligné que ses investisseurs connaissaient pertinemment les risques encourus avec ces titres complexes.