Avions ravitailleurs: les Européens menacent de saisir l'OMC

Tv avec AFP

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Le retrait d'Airbus de l'appel d'offres du Pentagone concernant 179 avions ravitailleurs (35 milliards de dollars) suscite l'indignation des capitales européennes qui soupçonnent Washington de protectionnisme.

Airbus (groupe EADS) affrontait son rival américain Boeing. Mais les conditions de l'appel d'offres étaient biaisées selon Airbus. Elles favorisaient de petits avions comme en proposait Boeing. "Manifestement la pression politique a été telle qu'on a fait un appel d'offres sur mesure pour Boeing", a regretté mardi le ministre allemand de l'Economie Rainer Brüderle.

Bruxelles a prévenu qu'elle "serait extrêmement inquiète s'il apparaissait que les termes de l'appel d'offres étaient de nature à empêcher une concurrence ouverte pour le contrat".

Menace d'une plainte à l'OMC

La Commission représente l'UE sur les dossiers commerciaux, et peut par exemple saisir en son nom l'Organisation mondiale du commerce (OMC). Une menace évoquée tant à Paris, où le ministère des Affaires étrangères a mis en garde Washington contre de "possibles implications", qu'à Berlin où M. Brüderle entend suivre l'affaire "au niveau de l'Organisation mondiale du commerce".

Le député UMP Bernard Carayon a dénoncé mardi des "tricheurs" et parlé de "corruption de hauts fonctionnaires du Pentagone" après le retrait de l'américain Northrop Grumman et de l'européen EADS de la compétition pour les avions ravitailleurs américains.

Corruption?

"On ne peut jouer avec les tricheurs", lance dans un communiqué le député du Tarn, membre de la Commission des Finances de l'Assemblée, qui attend une "réponse forte" de l'Elysée.

La fourniture de 179 avions ravitailleurs à l'armée américaine pèserait lourd dans la balance commerciale entre l'UE et les Etats-Unis pour ce qui est de la défense.Celle-ci est traditionnellement favorable aux Américains qui exportent deux fois plus de matériel militaire vers l'Europe qu'ils n'en importent: 5 milliards de dollars contre 2,2 milliards en 2008, selon des données de la Commission européenne.

Signe de son caractère très sensible, le contrat a déjà fait l'objet de deux appels d'offres. Il a été attribué une première fois à Boeing en 2003, une deuxième à Airbus et son allié américain Northrop Grumman en 2008. Et à chaque fois annulé.