La Grèce n'est pas encore sortie d'affaire

Elsa Meyer

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La Grèce a demandé officiellement vendredi dernier l'activation du plan d'aide de l'UE et du FMI pour sortir de son marasme budgétaire.

Mais entre les paroles et les actes, plusieurs obstacles de taille restent à franchir, notamment celui de l'Allemagne.

Activation de l'aide

Bousculée par des marchés financiers inquiets sur la solvabilité du pays, la Grèce s'est résolue à activer le plan de sauvetage décidé fin mars. Ce dernier prévoit jusqu'à 45 milliards d'euros de prêts sur trois ans, à un taux de 5%.

Le FMI et la Commission européenne ont promis de débloquer l'argent rapidement. Car les échéances se rapprochent: dès le 19 mai prochain, Athènes doit rembourser quelque 8,5 milliards d'euros.

Réticences allemandes

Mais l'Allemagne, réticente depuis le début à aider la Grèce, refuse d'aller trop vite.

Le ministre allemand des Affaires étrangères, Guido Westerwelle, a rejeté lundi le versement d'une aide financière sans qu'Athènes ait présenté un programme crédible de réduction de son déficit.

Et Berlin peut tout à fait stopper l'activation du plan d'aide: le processus n'est pas automatique.

La Commission et la Banque centrale européenne doivent d'abord donner leur avis sur la nécessité ou non de déclencher les prêts promis.

L'ensemble des pays de la zone euro doit ensuite approuver à l'unanimité l'activation du plan de sauvetage. Dans certains Etats, comme la France et l'Allemagne, la décision doit enfin passer devant les Parlements nationaux.

Accord indispensable

L'accord de Berlin est donc indispensable, d'autant que le pays doit verser à la Grèce la somme la plus importante de 8,4 milliards d'euros.

Pour rassurer l'Allemagne, le ministre grec des Finances a assuré ce week-end que les mesures d'austérité réclamées donnaient déjà des résultats. "Le budget est sur la bonne voie, il est même en avance sur l'agenda", a-t-il affirmé.

La France est aussi allée dans le sens de Berlin pour prouver qu'elle n'avait pas non plus l'intention de signer un chèque en blanc.

La Ministre de l'Economie, Christine Lagarde a expliqué dans le Journal du Dimanche qu'être "solidaires" entre pays de la zone euro "ne veut pas dire qu'il faille être complaisant".

Elections régionales

Mais rien n'y fait, Athènes a du mal à convaincre. Car l'intransigeance outre-Rhin n'est pas liée uniquement à la Grèce.

Si le pays a toujours été un défenseur de la discipline budgétaire, la sévérité allemande s'explique aussi par l'élection régionale du 9 mai prochain, un scrutin crucial pour la coalition au pouvoir.

"Les déclarations des responsables allemands sur la Grèce s'adressent principalement à leur électorat, je pense qu'au bout du compte Berlin acceptera de verser l'aide", a ainsi indiqué à l'AFP une source gouvernementale européenne.

Pour l'instant, en tout cas, la position de l'Allemagne déstabilise un peu plus Athènes. Les taux auxquels le gouvernement grec peut emprunter des capitaux ont dépassé les 9% lundi. Un nouveau record depuis l'entrée du pays dans la zone euro en 2001.