Que Google réfléchisse à "un partage équitable des recettes publicitaires"

Propos recueillis par Catherine Vincent

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Le fondateur du Monde Interactif Bruno Patino, aujourd'hui directeur de France Culture, a présidé pendant trois mois le groupe de travail "Le choc d'Internet. Quels modèles pour la presse écrite?" dans le cadre des Etats Généraux de la Presse écrite. Les conclusions de son groupe de travail, comme celle des autres groupes, ont été rendues à la ministre de la Culture Christine Albanel le 8 janvier. Elles doivent maintenant être analysées par les équipes du président de la République, Nicolas Sarkozy devant annoncer des réformes à la fin du mois de janvier.

Pour E24, Bruno Patino revient sur certaines mesures emblématiques. Et sur le clash intervenu pendant les auditions de son groupe de travail entre les éditeurs de presse et Google.

Comment a éclaté le conflit entre Google et les éditeurs de presse?

Cela n'a pas été un conflit, mais une discussion vive entre partenaires qui se connaissent, se fréquentent, et s'apprécient. Tous les éditeurs présents autour de la table travaillent avec Google et connaissent son rôle phénoménal. Personne n'a remis en cause l'utilité de Google News ni même la capacité à travailler avec Google News.

En revanche, le constat que l'on a posé est: certes vous redirigez une audience de plus en plus forte vers nos sites d'information mais l'on arrive de moins en moins à la commercialiser. Aujourd'hui, s'il y a un partage égal de l'audience, il y a un partage inégal des recettes publicitaires.

Dans 85% des visites sur Internet intervient un moteur de recherche. La page de résultats de Google provoque dans 30% des cas un clic sur les liens AdWords. Avec en plus la vente en régie des liens AdSense, Google peut aller jusqu'à capter au final 90% de la valeur dans la publicité à ciblage contextuel.

Comment remédier à ce problème?

Par la négociation. Le partage de l'audience n'a pas toujours été une réalité. Nous avons dit autrefois à Google, qui pèse aujourd'hui en France entre 800 millions et un milliard d'euros, que nous souhaitions un partage équitable de l'audience. Nous l'avons obtenu. Aujourd'hui, nous demandons le deuxième volet: un partage équitable des recettes publicitaires.

C'est une problématique mondiale. Google doit maintenant y faire face, que ce soit en Europe ou aux Etats-Unis. En France, j'insiste, il n'y a pas de conflit entre Google et les éditeurs de presse. Simplement le début d'une discussion qui s'est traduite par des échanges un peu vifs. Le problème est sur la table.

Le dialogue a-t-il repris entre Google et les éditeurs?

Il n'a jamais cessé. Heureusement car, selon moi, la question du rapport de force sera primordiale dans l'avenir. D'une part le rapport de force entre fabricants de contenus et propriétaires des réseaux dans l'Internet mobile; d'autre part celui qui s'instaurera pour l'accès au marché publicitaire d'Internet. Ils seront décisifs.

Vous avez proposé dans le cadre des Etats Généraux de la Presse la création d'un statut d'éditeur de presse en ligne. Pourquoi?

Cette mesure pacifie le secteur en précisant l'important: le métier qu'exerce un site Internet d'information. Elle hiérarchise les types d'acteurs sans discrimination des différents médias. Ce statut confère un certain nombre de droits devant permettre aux éditeurs de mieux affronter le big-bang technologique que nous traversons et qui est loin d'être achevé. Il pourra par exemple voir sa démarche d'innovation facilitée, notamment par des incitations fiscales, etc.

Mais il implique aussi des devoirs et sera engageant en matière de responsabilité. Sur Internet, la responsabilité est aujourd'hui scindée entre le producteur de contenu et son hébergeur.

Comment décider qui est éditeur de presse en ligne?

Il ne m'appartient pas d'en décider. Nous avons proposé trois critères cumulatifs: que le site exerce une mission d'information à titre professionnel à l'égard du public; qu'il produise et mette à disposition du contenu original composé d'informations ayant fait l'objet d'un traitement journalistique et présentant un lien avec l'actualité sans que ce soit de la promotion; et qu'il emploie régulièrement des journalistes professionnels.

Sans préjuger de ce que décidera le Président de la République, dans la mesure où la mise en place de ce statut n'implique pas en soi de dépense de fonds publics, il a de fortes chances d'être créé. Même si les propositions qui en découlent auront des répercussions financières et feront, elles, l'objet d'âpres négociations.