La crise de la presse américaine menace la vie politique locale

Caroline Boudet

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Que deviendraient Rennes sans Ouest-France, Marseille sans La Provence ou Lyon sans Le Progrès? En France, la question n’est pas d’actualité. Mais aux Etats-Unis, où le groupe Tribune s'est déclaré en faillite et après la fermeture récente du Rocky Mountain News, elle est on ne peut plus concrète. "Que devient une ville qui perd son quotidien?" demande le magazine Time. Celui-ci a trouvé des éléments de réponse dans une étude menée par deux professeurs de l’université de Princeton. Sam Schulhoffer-Wohl et Miguel Garrido se sont penchés sur un cas pratique, celui de la fermeture du Cincinnati Post fin 2007. Les conclusions de leur étude sont loin d’être optimiste pour la vie des communautés privées de presse locale.

A Cincinnati et dans le nord du Kentucky, où le Post ne comptait pourtant que 27.000 abonnés, plusieurs tendances ont émergé. Dans les communes dont l’actualité était couverte par le quotidien, le taux de participation aux élections a baissé, moins de citoyens se sont porté candidats à des postes municipaux et le renouvellement des élus a été moindre.

Time relativise l’universalité des démonstrations de cette étude, limitée à une ville et un quotidien. Pourtant, les auteurs de celle-ci sont affirmatifs: "Les journaux locaux couvrent l’actualité d'une ville de façon unique. Et quand les citoyens n’en bénéficient pas, ils sont beaucoup moins engagés dans la vie de leur communauté."

Une réalité qui soucie peu d’Américains. Moins de la moitié d’entre eux affirment que perdre leur quotidien local serait "un gros coup" pour leur vie en tant que citoyens, selon une étude Pew Research, et encore moins estiment que ce journal leur manquerait. En partie, semble-t-il, parce qu’ils se tournent vers d’autres médias pour les informations locales, notamment vers la télévision. Aux Etats-Unis en effet, les chaînes locales sont bien plus nombreuses que dans l’Hexagone.

La plupart des médias audiovisuels, souligne Time, sont pourtant eux-mêmes dépendants des quotidiens locaux dans la chaîne de l’information, et la disparition de ces derniers privera à coup sûr les télés de sources d’information proches du terrain.