Économie

Grèce: comment stopper l'emballement des marchés?

Décryptage | Inquiets sur la Grèce et d'autres pays, les marchés s'affolent depuis plusieurs mois.

Les marchés s'affolent, les bourses dégringolent et l'euro est au plus bas depuis un an.

Les acteurs financiers craignent que la Grèce fasse défaut, c'est-à-dire qu'elle soit dans l'incapacité de rembourser ses dettes.

Rien ne semble en mesure de rassurer les marchés dont les inquiétudes commencent même à se propager à d'autres pays européens, comme le Portugal.

"Transparence et clarté"

Athènes a pourtant demandé la semaine dernière l'activation du plan d'aide de l'UE et du FMI, qui prévoit jusqu'à 45 milliards d'euros de prêts d'ici trois ans

Le gouvernement grec et les autorités européennes ne cessent aussi de le répéter: le pays assurera ses engagements financiers.

Mais "pour stopper l'emballement, il faut de la transparence et de la clarté. L'Europe a accepté à reculons un plan de sauvetage et Berlin traîne les pieds depuis des mois. Personne ne connaît enfin les conditions et les modalités des prêts promis. ", analyse Céline Antonin, économiste à l'OFCE, pour E24.

Même si l'aide de l'Europe et du FMI a été demandée, elle est loin d'être arrivée dans les caisses de l'Etat grec. Les pays de la zone euro doivent encore donner leur accord et l'Allemagne est très réticente. Berlin exige d'Athènes davantage d'efforts budgétaires.

Le président de l'UE, Herman Van Rompuy, a convoqué les pays de la zone euro dans plus de 10 jours. Les présidents du FMI et de la BCE ont pourtant encore insisté mecredi sur la nécessité d'agir rapidement.

Cercle vicieux

Car la panique sur les marchés est un cercle vicieux: la dégradation de la note d'un pays augmente les craintes que ce dernier fasse défaut, ce qui entraîne une hausse des taux d'intérêts sur le marché obligataire. Et renforce donc effectivement la possibilité qu'un Etat ne puisse faire face à ses responsabilités, faute de pouvoir emprunter de l'argent.

"Le 10 mai c'est très loin. Les taux s'emballent depuis des jours et touchent maintenant d'autres pays, même si la Grèce est un cas très particulier et qu'une propagation à toute la zone euro est quasiment impossible", commente Céline Antonin.

Les inquiétudes persistent

L'activation du plan ne va en outre pas forcément améliorer la situation mais au mieux contenir l'affolement général.

Les marchés vont continuer à s'inquiéter de la solvabilité de la Grèce car le plan de sauvetage ne va pas réduire le déficit, alléger le fardeau de la dette ou relancer la croissance.

"Il permet seulement de patienter et d'éviter au gouvernement d'avoir à emprunter sur les marchés financiers, le temps que les mesures d'austérité fassent leur effet et que les taux baissent", explique à E24 Benjamin Carton, économiste au CEPII, centre de recherche en économie internationale.

"Mais la vraie question est l'état des finances publiques de la Grèce. Il faut une réforme en profondeur car sinon le pays fera de toute manière défaut à moyen terme", conclut-il.