Spéculation contre les Etats: Bruxelles prépare la contre-attaque

TV avec AFP

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La Commission européenne a commencé à enquêter sur les mannoeuvres des investisseurs étrangers sur la dette grecque et envisage d'interdire les opérations sur les CDS (Credit Default Swaps) de dette souveraine.

Les CDS sont des produits dérivés, destinés à se couvrir contre le défaut d'un émetteur de dette, un peu sur le principe d'une assurance. Mais ils ont pu être utilisés à des fins purement spéculatives pour alimenter les inquiétudes sur les risques de défaut de la Grèce et faire baisser le prix des ses obligations.

Or, les spéculateurs ne prennent que très peu de risques car les CDS permettent de transférer le risque de défaut au vendeur de ce produit. Mais l'acheteur de CDS ne détient pas la dette en question. Ce serait un peu comme acheter et vendre des assurances de voitures sans posséder la voiture. Le marché fonctionne presque en vase clos.

"Il n'est pas justifié d'acheter une assurance (un CDS fonctionne comme une assurance) pour des risques qui n'existent pas, sur une base purement spéculative", a indiqué José Manuel Barroso au Parlement européen

Opacité

Sur les sujets liés aux CDS, "la Commission fera pression pour une coordination internationale", notamment au sein du G20, car "ces marchés sont aussi mobiles qu'opaques", a encore souligné M. Barroso.

Mais c'est plus l'utilisation des CDS, l'opacité des transactions de ces produits dérivés sur des marchés non réglementés et les ventes à découvert qui sont en cause. Les CDS n'étant qu'un instrument ayant son utilité et permettant de servir de thermomètre du marché de la dette.

Le marché mondial des CDS, peu transparent car passant essentiellement par des contrats de gré à gré, est évalué à environ 60.000 milliards de dollars.

Projet de directive

Bruxelles entend "procéder à une analyse approfondie des marchés des CDS, afin de mieux déterminer comment ces marchés fonctionnent et si des pratiques contestables y ont lieu" et "est prête à utiliser si besoin ses pouvoirs dans le domaine de la concurrence", selon M. Barroso.

Le commissaire chargé des services financiers, le Français Michel Barnier, doit déjà présenter un projet de directive sur les dérivés "avant l'été" et des mesures contre les abus de marché "avant la fin de l'année", a-t-il dit.

Responsables

Le Premier ministre grec Georges Papandréou en visite aux Etats-Unis a demandé mardi au président américain Barack Obama des actes contre les spéculateurs accusés d'avoir plongé son pays un peu plus dans la crise financière. "Le sujet sera à l'ordre du jour de la prochaine réunion du G20", le groupe de pays avancés et émergents qui doit se retrouver fin juin à Toronto, a dit M. Papandréou.

Mais, avant toute chose, c'est bien la Grèce qui a caché l'ampleur de sa dette et de son déficit qui est la source des attaques spéculatives. "S'il est vrai que les problèmes actuels en Grèce n'ont pas été causés par la spéculation sur les marchés financiers, il est également vrai que cette spéculation a été un facteur aggravant", a souligné M. Barroso.