Raffinerie de Dunkerque: Estrosi demande à Total des garanties sur l'emploi

E.M. avec AFP

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L'avneir du site reste bouché mais Total garantira un emploi à chaque salarié de la raffinerie de Dunkerque, a indiqué lundi la direction dans un communiqué.

"Sans préjuger de la décision qui sera prise, mais pour répondre à l'inquiétude des salariés de l'établissement et des sous-traitants, Total s'engage à garantir à chaque collaborateur un emploi chez Total correspondant à ses compétences", a-t-elle précisé. Le sort de la raffinerie de Dunkerque devrait être scellé d'ici l'été.

Une décision qui fait suite aux pression exercées par le gouvernement. Face face aux projets de Total, le ministre de l'Industrie Christian Estrosi a indiqué sur la radio BFM lundi qu'il "n'acceptera pas" la fermeture de la raffinerie de Dunkerque "tant qu'il n'y aura pas de garanties nécessaires sur la pérennité" des 800 emplois concernés.

Inquiets sur l'avenir de leurs postes, un millier de salariés de Total, selon les syndicats, 500 selon la police, ont envahi lundi la tour du groupe à La Défense (Hauts-de-Seine).

Manifestation bon enfant

"C'est Sarkozy qui a demandé à de Margerie (directeur général de Total, ndlr) de calmer le jeu mais ce ne sont que des paroles, nous ne les croyons plus", a déclaré Charles Foulard, coordonnateur CGT pour le groupe, devant les salariés.

Dans une ambiance bon enfant et au son d'un petit orchestre, ils ont forcé ses portes et occupaient en début d'après-midi le hall, qu'ils ont maculé d'auto-collants aux couleurs des syndicats.

"Nos dirigeants ne sont pas très courageux: ils ont décidé de la fermeture mais n'osent pas le dire", a ajouté le coordonnateur CGT au nom d'une intersyndicale, parlant d'un "report tactique et politique".

"Le recul dans le contexte des élections régionales démontre que le rapport de forces monte en puissance", a-t-il poursuivi. Une délégation, constituée de représentants des syndicats et d'élus locaux, a été reçue par la direction de Total.

Bénéfices et emplois menacés

En raison de la faible demande de carburant, Total ne parvient plus à écouler sa production de Dunkerque et la raffinerie est "en arrêt conjoncturel" depuis la mi-septembre.

Mais "les Français ne peuvent pas comprendre qu'un groupe qui dégage 8 milliards d'euros de marge en 2009 prenne une décision sans qu'elle ne soit accompagnée", a fustigé Christian Estrosi.

Et pour le gouvernement, plusieurs garanties doivent ainsi être mises sur la table: assurer l'avenir des 370 emplois actuels sur la raffinerie et veiller à ce que la diversification des activités bénéficie aux 450 sous-traitants pour ne pas peser sur leurs postes.

Futur terminal gazier

Parmi les projets qui garantiraient ces emplois directs et indirects, le ministre a de nouveau évoqué l'implantation d'un terminal gazier envisagé par Total.

"Il y aurait une discussion entre Total et EDF pour aboutir au terminal méthanier. Peu importe que ce soit d'EDF ou de Total, ce qui importe c'est que Total prenne ses engagements et les respecte", a insisté Christian Estrosi.

Il s'agit également, selon le gouvernement, "d'assurer l'activité du port de Dunkerque qui en aucun cas ne peut être affaibli. Dunkerque est aujourd'hui stabilisé (...) C'est un port qui a un véritable avenir", a-t-il estimé.

Foudres politiques

Milliards d'euros de bénéfices, projet de fermeture d'un site, emplois menacés: tous les ingrédients sont réunis pour que se reproduise le scénario de mars 2009.

Total s'était attiré les foudres de la classe politique et de l'opinion publique après l'annonce de 555 suppressions de postes en France, dont 249 d'ici 2013 dans le raffinage, après 13,9 milliards d'euros de profits en 2008.

Une intersyndicale du groupe organise une manifestation ce lundi à La Défense (Hauts-de-Seine), devant le siège de Total. Le comité central d'entreprise se réunira à midi et la direction devrait y faire les annonces sur l'avenir de la raffinerie.