L'Europe doit-elle aider financièrement la Grèce ?

Elsa Meyer

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"La Grèce doit comprendre que lorsqu'on viole les règles pendant trop longtemps, on doit payer un jour le prix fort". Le jugement du ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, lors du sommet du G7 le week-end dernier, est sans appel.

L'Europe n'a pas l'intention d'aider financièrement la Grèce et Bruxelles refuse que d'autres acteurs internationaux s'en mêlent: elle a refusé il y a quelques jours une intervention du Fonds monétaire international.

Mais faut-il vraiment laisser le pays se débrouiller seul alors que sa crise budgétaire commence à déstabiliser l'ensemble de la zone euro?

Risques de contagion

Depuis décembre, la Grèce subit la défiance des marchés financiers face à une dette publique qui a explosé à 112,6% de son PIB en 2009. Les taux d'intérêts auxquels elle peut emprunter ont atteint la semaine dernière le chiffre record de 7,1%, soit 4 points de plus que l'Allemagne.

Une augmentation causée notamment par des attaques spéculatives et qui commencent à se propager à d'autres pays de la zone euro. Des Etats fragilisés comme l'Espagne ou le Portugal sont touchés, les bourses européennes dégringolent et la monnaie unique a atteint son niveau le plus bas depuis mai 2009.

Mais face à cette situation, la Commission et les Etats européens refusent de prêter à la Grèce les liquidités nécessaires pour se rétablir.

"No bail-out"

En vertu du "no bail-out" (pas de sauvetage financier), les règles européennes interdisent ce type de solidarité financière. Mais une exception existe cependant en cas de" difficultés ou menaces sérieuses de difficultés, catastrophes naturelles ou événements exceptionnels échappant à son contrôle".

Même si cette clause pourrait éventuellement s'appliquer à la situation grecque, elle n'est cependant pas forcément souhaitable, selon Antoine Berthou, économiste au Cepii, centre de recherche en économie internationale.

Aléa moral

"Il y a ici un problème d'aléa moral. Bruxelles a mis en œuvre des règles budgétaires strictes, comme le Pacte de stabilité, pour les pays européens. La Grèce, comme beaucoup d'autres, ne les respecte pas depuis des années. Si la Commission accepte aujourd'hui de lui venir en aide financièrement, alors elle n'incite pas les autres Etats, demain, à se comporter vertueusement en matière de finances publiques", analyse-t-il.

La Commission européenne a donc pour l'instant choisi le statu quo: elle a obligé la Grèce à présenter des mesures budgétaires strictes et a décidé de surveiller étroitement le pays.

Ce plan de sauvetage n'a cependant pas convaincu les marchés financiers et les attaques spéculatives ont repris de plus belle.

Solidarité financière

"Pour mettre fin à cette situation, il faut que les marchés arrêtent de penser que la Grèce peut faire défaut sur sa dette et ne pas redresser la barre de ses finances publiques. Si l'Europe s'engage à soutenir le pays financièrement, les attaques vont se calmer", explique Henry Sterdyniak, Directeur du Département économie de la mondialisation de l'Observatoire des conjonctures économiques de Sciences-po.

"La solution choisie est très dangereuse. Si la Grèce ne parvient pas à atteindre ses objectifs très ambitieux et cède au petit jeu des marchés financiers, ces derniers vont alors s'en prendre à l'Espagne, au Portugal ou à l'Italie. Il faut que les Etats se montrent solidaires, sinon les attaques contre la zone euro vont continuer", analyse l'économiste.

Les pays européens y verront peut-être plus clair le 11 février prochain lors d'un sommet entre chefs d'Etat et de gouvernement consacré à la crise économique et financière.