Automobile: le gouvernement promet une aide de 5 à 6 milliards d'euros

Guillaume Guichard

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Le gouvernement n'a pas attendu la fin des discussions entre les professionnels de la filière au sein des Etats généraux de l'automobile pour faire des annonces. D'entrée de jeu le Premier ministre François Fillon, dans son discours d'ouverture, a donné une estimation de l'enveloppe allouée au secteur pour l'aider à traverser la crise: 5 à 6 milliards d'euros. Autre mesure annoncée, l'assouplissement des conditions d'accès au plan d'aide aux banques françaises des filiales bancaires de Renault et Peugeot qui pâtissent de la crise du crédit.

Promettant que l'Etat "n'attendra pas" pour venir en aide au secteur, François Fillon a cependant prévenu: ces mesures seront assorties de contrepartie. "Il n'est pas question que l'Etat vienne en aide à un constructeur qui déciderait de fermer purement et simplement un ou des sites de production en France", a-t-il martelé.

Message reçu, a répondu Carlos Ghosn, président de Renault-Nissan et de l'Association des constructeurs européens d'automobile (ACEA), devant les Etats généraux. "Renault s'est engagé à maintenir son activité en France", a-t-il rappelé. Mais cela "suppose un niveau de compétitivité acceptable par rapport à ses concurrents". Pour ce faire, Carlos Ghosn a demandé au nom de la filière une suspension de la taxe professionnelle ou un allègement des charges pour le secteur. Il faudrait, a-t-il plaidé, "déplacer les charges sociales additionnelles [des groupes français, ndlr] vers quelque chose qui serait réparti sur l'ensemble des voitures vendues [dans le monde] et non pas sur les voitures qui sont fabriquées en France".

Et le président de Renault-Nissan d'illustrer par un exemple. L'écart de compétitivité entre une Renault construite dans l'usine de Flins et une voiture fabriquée en Europe de l'Est s'élève à 1.400 euros. Sur cette somme, près de 400 euros correspondent à la différence de salaire, "ce qui est gérable", a-t-il précisé. En revanche, la taxe professionnelle représente un surcoût de 250 euros et le différentiel de charges sociales 750 euros. "Produire en France représente donc une pénalité de 1.000 euros", a conclu Carlos Ghosn.

Mais la crise ne concerne pas seulement l'industrie automobile française. Carlos Ghosn a décrit une situation alarmante en Europe. L'ACEA prévoit une baisse de 15% des ventes sur le Vieux continent en 2009, ce qui devrait entraîner la destruction de 150.000 à 200.000 emplois. Déjà, "un tiers des sous-traitants européens sont dits en situation très difficile", s'est inquiété Carlos Ghosn. Dans ce contexte, "l'industrie automobile européenne a besoin de 40 milliards d'euros" d'aide. Une somme déjà réclamée fin 2008 par l'ACEA. La Banque européenne d'investissement a déjà débloqué 4 milliards d'euros. "Insuffisant" pour Carlos Ghosn.

La solution? Une action concertée des Etats membres. La Commission européenne y est disposée. "L'intervention du secteur public est justifiée et même indispensable" pour aider le secteur automobile, a approuvé Günter Verheugen, le vice-président de la Commission européenne, devant les Etats généraux. Il faudra cependant "s'assurer que les mesures prises par un gouvernement ne donnent pas d'avantage compétitif" à un Etat membre par rapport à un autre, a-t-il ajouté.

Prudence toutefois. Pour la Commission, l'industrie automobile européenne traverse une crise structurelle: il y a trop d'usines. Selon Günter Verheugen il existe aujourd'hui 20% de surcapacité industrielle. Pour le vice-président, il faut se rendre à l'évidence: certains sites de production vont probablement fermer.