Obama renonce à la Lune pour s'attaquer aux déficits publics

EM avec AFP

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Barack Obama renonce à l'espace. Face aux déficits colossaux des finances publiques, le président des Etats-Unis n'enverra aucun homme sur la Lune ou sur Mars d'ici 2020, contrairement aux ambitions du programme Constellation, voté par le président George W. Bush en 2004

La décision est hautement symbolique et est suivie de plusieurs autres dans le budget 2011 de l'administration américaine.

"Nous ne pouvons pas continuer à emprunter sur l'avenir de nos enfants, ou permettre à des intérêts particuliers de déterminer comment les dollars de l'Etat sont dépensés", a affirmé Barack Obama dans son introduction à la présentation du projet.

Un texte qui refléte les "graves difficultés" que les Etats-Unis traversent. "Nous sommes en guerre, notre économie a perdu sept millions d'emplois ces deux dernières années, et notre Etat est gravement endetté après ce qui ne peut être que qualifié de décennie perdue", a déclaré le président des Etats-Unis.

Explosion des déficits

Comme dans la majorité des pays, la crise a fait exploser le déficit public aux Etats-Unis. Après un record de 1,556 milliards de dollars (10,6% du PIB), Washington veut le ramener à 1,267 milliards l'année prochaine (8,3% du PIB).

Et pour ce faire, Barack Obama ne compte pas réduire les dépenses mais augmenter les recettes. Pour l'exercice qui court d'octobre 2010 à septembre 2011, les dépenses devraient continuer à augmenter de 3%.

Une hausse limitée par la décision récente du président américain de geler ces dernières pendant trois ans, hors programmes sociaux et questions de sécurité.

Le gouvernement table, de l'autre côté, sur une hausse de 19% des recettes fiscales, grâce à une solide reprise économique.

La Maison Blanche a d'ailleurs revu à la hausse sa prévision de croissance, à 2,7% en 2010 contre 2,0% prévus en octobre, et à 3,8% pour 2011.

L'emploi comme priorité

"Le président a confié à son équipe budgétaire la tâche de regarder ligne après ligne le budget fédéral pour voir où nous pouvons économiser de l'argent", a expliqué lors d'une conférence téléphonique le directeur des communications de M. Obama, Dan Pfeiffer.

Avec ce budget, la priorité, annoncée par le président lors de son discours sur l'état de l'Union la semaine dernière, est la lutte contre le chômage, qui a franchi en octobre la barre historique des 10%.

"L'une des choses sur lesquelles nous nous concentrons, c'est de stimuler la création d'emplois", a affirmé le responsable du budget du président, Peter Orszag, lors d'une conférence téléphonique.

"Le budget prévoit 100 milliards de dollars pour des investissements immédiats créant des emplois, dans des réductions d'impôts pour les petites et moyennes entreprises, l'infrastructure, et l'énergie verte", a précisé la Maison Blanche.

Fin de subventions

L'exercice 2011 doit marquer aux Etats-Unis la fin du plan de relance de 787 milliards de dollars sur trois ans mais aussi celle de certaines réductions d'impôts, qui ne seront pas reconduites pour les ménages les plus fortunés.

"C'est un budget qui s'attaque à toutes ces questions, et qui contribue à poser des fondations à long terme pour l'économie (...) et qui se penche sur des défis longtemps délaissés, dont la santé, le système d'éducation, et l'évolution vers les énergies propres", a estimé M. Pfeiffer.

L'ensemble des subventions pour les énergies fossiles doit, également, être supprimé.

Ambitions difficiles à réaliser

Ces coupes budgétaires ont pour but de réaliser la promesse de Barack Obama de diviser le déficit de l'Etat fédéral par deux entre 2010 et 2013.

Cela suppose "des choix difficiles", a reconnu la Maison Blanche. "Les dépenses de l'Etat fédéral sont un peu comme un porte-avion, il faut commencer à faire tourner le bateau bien en avance", a considéré M. Orszag.

Dans cette tâche qui s'annonce très ardue, le président des Etats-Unis a tenu à impliquer le Congrès. Dans son discours sur l'état de l'Union, il a proposé la création d'une commission bipartite sur le sujet des finances publiques.