L'Allemagne, toujours championne des exportations

E24 avec AFP

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L'Allemagne reste championne du monde des exportations devant la Chine en 2008. Mais le vent tourne comme le montre le sévère recul des ventes à l'étranger en décembre, selon des chiffres officiels annoncés lundi 9 février. Sur l'ensemble de 2008, l'excédent commercial a reculé de 8,7% par rapport à 2007 pour atteindre 178,2 milliards d'euros, a annoncé l'Office fédéral des statistiques (Destatis). Alors qu'en France, le déficit du commerce extérieur est tombé à 55,7 milliards d'euros en 2008.

Les exportations, source quasi-exclusive de la croissance du pays, ont augmenté d'un léger 2,8% à 992,7 milliards d'euros (soit 1.280 milliard de dollars environ), un nouveau record, suffisant pour conserver le titre de premier exportateur mondial devant la Chine (avec quelque 1.221 milliard de dollars estimé). Pour la sixième année consécutive, la première économie européenne a donc été le pays qui vend le plus hors de ses frontières, souligne Alexander Koch, économiste chez UniCredit.

Mais la belle série va s'arrêter en 2009. "Les Chinois souffrent aussi d'une demande mondiale plus faible, mais les reculs des exportations étaient bien moins prononcés qu'en Allemagne (...)" ces derniers mois, souligne-t-il. En décembre, l'industrie allemande a souffert. Les exportations ont baissé de 3,7% en données corrigées des variations saisonnières comparé à novembre, le troisième repli d'affilée, selon Destatis. La contraction est sévère, souligne l'économiste de Commerzbank, Ralph Solveen, rappelant que le consensus était de -2%.

Les importations de leur côté ont affiché un recul de 4,1%, essentiellement en raison d'une chute des prix des matières premières. Au bout du compte, l'excédent commercial en décembre a fondu à 6,9 milliards d'euros, largement moins que prévu par les économistes (8,4 milliards), contre 9,9 milliards d'euros en décembre 2007. Les chiffres annoncés lundi "confortent nos attentes d'un déclin de l'économie de 2% au quatrième trimestre", indique Ralph Solveen. Destatis doit dévoiler son estimation vendredi. Mais déjà, l'office avait évalué le recul entre 1,5 et 2% à la mi-janvier.

La crise financière, qui a redoublé d'intensité en septembre après la débâcle de la banque d'affaires américaine Lehman Brothers, s'est propagée sur l'économie réelle, freinant la demande y compris en provenance des pays d'Europe de l'est, gros client de l'Allemagne. L'industrie automobile a souffert en premier d'un écroulement de ses commandes qui l'a contrainte à réduire rapidement sa production, à grand renfort de suppressions de postes d'intérimaires et de vastes mesures de chômage partiel. Les fournisseurs, équipementiers et chimistes, ont suivi. Le secteur des machines-outils, autre pan stratégique de l'industrie, bat aussi de l'aile.

L'Allemagne, où la consommation est traditionnellement atone, a été "frappée de façon exceptionnellement dure par la récession mondiale, plus durement que les autres grands pays exportateurs", juge Alexander Koch d'UniCredit. Et les mois à venir paraissent sombres, alors que les commandes sont en chute libre. "Il n'y a pour le moment aucun signe d'une reprise rapide de la demande étrangère", souligne son confrère de la Commerzbank. Les experts n'ont que peu d'espoir en un réveil de la consommation, alors que le chômage a recommencé à augmenter depuis décembre. Le deuxième plan de relance du gouvernement d'Angela Merkel, qui contient des mesures d'allègement des impôts et des cotisations dont la plupart seront mises en oeuvre en juillet, pourrait donner un coup de pouce, mais pas avant la fin de l'année.