La consolidation bancaire s'accélère en Europe

Ophélie Colas des Francs

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Les périodes de crise ouvrent toujours la voie à une reconfiguration des marchés. Le secteur bancaire n'échappe pas aujourd'hui à cette règle. Après avoir racheté des banques à des prix astronomiques jusqu'au milieu de l'année dernière, certaines banques européennes, en proie aux difficultés de financement, sont obligées de revendre des activités à des prix bradés voire de se laisser racheter par les moins affaiblies.

Outre-Rhin, la Commerzbank rachète Dresdner Bank, filiale de l'assureur Allianz pour 9,8 milliards d'euros. ING s'empare des actifs néerlandais d'ABN Amro, tandis que BNP Paribas reprend les activités en Belgique et au Luxembourg de Fortis pour 14,5 milliards d'euros. L'espagnol Santander rafle lui la mise en Grande-Bretagne avec le britannique Alliance & Leceister , puis reprend des actifs de Bradford & Bingley . Dernier rapprochement en perspective, celui de la Caisse d'Epargne et la Banque Populaire, qui ont accepté de discuter des modalités d'une fusion. Un mouvement précipité par le rachat de Fortis.

Les Etats entrent eux aussi dans la danse pour sauver du naufrage des établissements en péril. Le 21 août, l'Allemagne renfloue la banque Bradford and Bingley à hauteur de 7 milliards d'euros, avant de voler au secours de Hypo Real Estate le 29 septembre. Début octobre la banque franco-belge Dexia reçoit 6 milliards d'euros des Etats français, belge et luxembourgeois, tandis qu'un vent de panique souffle en Islande où l'Etat, menacé de faillite, prend le contrôle des trois premières banques du pays. De son côté, l'Irlande choisit de garantir totalement les dépôts bancaires de six de ses établissements ainsi que ceux de cinq banques étrangères implantée dans le pays. Des plans de soutien direct au secteur bancaire – financés par le contribuable du pays – sont également décidés au Royaume-Uni, et en Espagne.

L'intervention la plus spectaculaire vient d'outre-Manche, où le gouvernement de débourse 65 milliards d'euros pour soutenir les huit plus grandes banques du pays. Une décision qui suscite beaucoup de critiques de la part des Britanniques. "Je pense en fait qu'à long terme nous allons faire gagner de l'argent au contribuable grâce à ces actions", se défend le Premier ministre Gordon Brown. Un retour sur investissement qu'espèrent à terme tous les gouvernements européens.

A qui le tour?

Entre sauvetages publics, nationalisations et consolidation, la question qui est sur toute les lèvres est: "à qui le tour?". A peine le rachat des activités de Fortis en Belgique et au Luxembourg était annoncé par BNP Paribas que certains analystes rappelaient que Société Générale devrait également rechercher des opportunités – avec Dexia ou l'italien Unicredit en ligne de mire – mais la spéculation sur le sujet fait des allers-venues réguliers sur le marché depuis de nombreux mois, crise ou pas.

Le courtier Exane BNP Paribas relève qu'en Europe, les institutions les plus fragilisées par la crise sont les banques qui dépendent surtout des financements de court terme, notamment en Espagne et au Royaume-Uni. Deux pays où l'on pourrait trouver les prochaines victimes de la crise et qui traversent également une crise immobilière d'envergure. A suivre.