Le nouveau monde de Jean-Marie Colombani

Catherine Vincent

— 

Figure emblématique de la presse écrite, Jean-Marie Colombani, qui a dirigé Le Monde pendant 14 ans, sévit aujourd'hui sur le net. Il a déjà lancé deux sites d'information, Slate.fr le 10 février dernier et Youphil dans la foulée. Un troisième est en préparation pour septembre prochain. Construit autour de l'expérience de Sam Stourdzé, commissaire de la prochaine exposition Fellini au Jeu de Paume, le site se nommera wepplay.com et sera dédié à la photographie.

"Ce sera le troisième et le dernier", a confié à E24 Jean-Marie Colombani qui n'a pas de projet dans les autres médias. Car pour lui, "l'avenir des médias se construit sur le net". Internet, il y croit depuis longtemps mais ce n'était pas sa spécialité. Lorsqu'il était à la tête du Monde, il a confié le lancement et le déploiement du Monde.fr à Bruno Patino, aujourd'hui directeur de France Culture, qui en a fait le seul site d'information rentable en quelques années. Aujourd'hui, l'activité professionnelle de Jean-Marie Colombani se résume au numérique. Ainsi en a-t-il décidé.

D'après son analyse, deux tendances ont émergé ces dernières années. En premier lieu, "tous les jeunes sont immergés dans la planète Internet", remarque-t-il en faisant référence au comportement de ses enfants. Parallèlement à cette arrivée de l'âge du net, le contenu des journaux s'appauvrit. Il a donc estimé qu'il existe une place dans le monde numérique pour un contenu de qualité. D'où l'idée d'aller demander au Washington Post une licence d'exploitation de Slate en Europe.

3,5 millions pour Slate

Aujourd'hui, le tour de table de Slate est bouclé. Un fonds français vient d'entrer dans le cercle des actionnaires. Jean-Marie Colombani, accompagné de deux autres anciens du Monde Eric Leser et Eric Le Boucher, Johan Hufnagel, ancien rédacteur en chef du site 20minutes.fr, ainsi que l'écrivain Jacques Attali, détiennent 50,1% du capital. Le groupe Washington Post, propriétaire de la marque, est actionnaire à hauteur de 15% et le fonds, dont Jean-Marie Colombani veut taire le nom puisque son arrivée doit être approuvée en assemblée générale lundi prochain, a le reste.

Avec cet investisseur, Slate a réuni les 3,5 millions d'euros qui lui permettront, selon le business plan, de tenir jusqu'à l'équilibre financier prévue en année 4 (2012). Pour y parvenir, Jean-Marie Colombani table sur trois types de recettes. En premier lieu, la publicité. Mais pour la capter, il faut "construire une audience large et stable" que l'on monétise ensuite. Slate tire aussi bénéfice de la vente de contenus. Et, indique Jean-Marie Colombani, "il y aura une part d'abonnement à Slate". Comme le fait lemonde.fr, Slate fera payer des services particuliers et ceux à forte valeur ajoutée.

Mais Jean-Marie Colombani en est conscient, le marché de l'information sur le web n'est pas encore stabilisé ni même parvenu à maturité. C'est pour lui un inconvénient mais aussi une formidable liberté. En matière de recettes, "il va falloir être inventif", lance le patron de Slate.fr qui se réjouit tout de même de la part croissante qu'occupe le net dans les dépenses publicitaires des annonceurs. Sur la base de son expérience au Monde, il argue du fait que certes les recettes sont moindres sur le net que sur les autres médias, mais les besoins de financement le sont aussi. "50 personnes travaillent autour de nous mais le noyau qui fait tourner Slate sera toujours inférieur à 10 personnes", remarque-t-il.