Citigroup cherche une solution auprès du Trésor

Jocelyn Jovène

— 

Le Trésor va-t-il remettre la main à la poche pour Citigroup? C'est apparemment un sujet de discussion entre la direction de la banque, le Trésor américain et la banque centrale américaine (Fed), selon plusieurs rapports de presse. Pour l'instant, Citigroup n'aurait pas fait de demande formelle. Certains analystes estiment qu'au moins 50 milliards de dollars d'argent frais seraient nécessaires pour rassurer le marché et ses clients.

Suivi des autorités

Les autorités américaines suivent en tout cas de très près la situation de la banque, qui affichait 2.050 milliards de dollars d'actif à son bilan fin septembre, et 126 milliards de fonds propres. Elles surveillent notamment tout risque de retraits ou de départ de clients, particuliers ou entreprises. Jusqu'ici, les clients resteraient fidèles à la banque, selon plusieurs rapports de presse citant des personnes impliquées dans les discussions.

Confrontée à la chute de son cours de Bourse malgré l'annonce d'une vaste restructuration et le soutien de certains de ses actionnaires, la banque dirigée par Vikram Pandit aurait évalué ces derniers jours plusieurs options parmi lesquelles sa vente pure et simple, ainsi que des cessions d'actifs. Vendredi 21 novembre, elle a finalement réaffirmé sa volonté d'indépendance, tout en menant des discussions avec l'administration américaine.

Citigroup a déjà obtenu 25 milliards de dollars d'argent public dans le cadre du plan de sauvetage du système financier baptisé "TARP" (Troubled Asset Relief Program) doté d'une enveloppe totale de 700 milliards de dollars et voté début octobre. Sur cette enveloppe, 125 milliards de dollars ont été affectés aux 9 plus grandes banques américaines, afin de renforcer leur bilan après une série de dépréciations d'actifs et de pertes liées à la crise du subprime, des créances hypothécaires à risque.

Selon le New York Times, la crise financière a coûté 65,7 milliards de dollars à Citigroup, qui est à ce jour la plus affectée par la crise. La banque a obtenu au total 74 milliards de dollars d'argent frais auprès d'investisseurs et du Trésor sans parvenir à redresser son cours de Bourse.

Récession

Au-delà des effets de la crise financière, les investisseurs s'inquiètent désormais de la capacité de la banque à traverser une récession de l'économie américaine, qui pourrait être l'une des plus graves de l'histoire du pays depuis la Grande Dépression des années 1930.

Le ralentissement de l'économie a déjà entraîné une augmentation des défaillances parmi les emprunteurs immobiliers et les porteurs de cartes de crédit, en raison de la hausse du coût du crédit et de l'augmentation du chômage, et s'est traduit par un ralentissement du crédit à la consommation, selon la banque Oppenheimer.

La FDIC, l'organisme de garantie bancaire américain, a identifié 117 banques menacées de risque de faillite, plusieurs se situant sur la côte Ouest américaine, l'une des régions où la crise immobilière est particulièrement sévère. La dernière grande faillite a été celle de Washington Mutual le 25 septembre dernier, rachetée par J.P.Morgan Chase & Co.

Une récente étude de Standard & Poor's indiquait que les banques ont encore 330 milliards de dollars d'actifs à problème dans leur bilan.

"Too big to fail"

Compte tenu de sa taille et de son rôle dans l'économie américaine et mondiale, Citigroup fait partie des institutions qui sont trop importantes pour faire faillite. Mais une nouvelle injection d'argent public dans la banque est une décision politique difficile à prendre, car dans le même temps, d'autres pans importants de l'économie américaine, à commencer par l'industrie automobile, appellent à l'aide.

Le sauvetage de Citigroup s'annonce aussi comme une opération compliquée, car elle survient en pleine transition à la tête de l'exécutif américain.

Vendredi, la possible nomination de Timothy Geithner, actuel président de la Réserve fédérale de New York, au poste de secrétaire au Trésor a entraîné un rebond de Wall Street. La nouvelle a été confirmée durant le week-end. Ce regain d'optimisme n'a pas profité à Citigroup, dont le cours a encore perdu 20% vendredi, pour clôturer à 3,77 dollars.