John Paulson, l'homme qui transforme la crise en or

Guillaume Guichard

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L'homme qui a gagné 1 milliard de dollars alors que le monde sombrait. John Paulson, 52 ans, est la nouvelle vedette de la gestion alternative. Les fonds gérés par sa société de gestion, qui totalisent 36 milliards de dollars, ont enregistré des gains de 15% à 25% sur les neuf premiers mois de 2008, rapporte l'agence Bloomberg. Une performance d'autant plus remarquable que l'industrie des hedge funds a connu sa pire année depuis 1990, selon Hedge Fund Research.

John Paulson lui-même n'est pas le dernier à dépeindre un tableau déprimant de la situation: "nous assistons aux déclins combinés de l'immobilier, de la santé de l'industrie, des revenus des entreprises en général. Et ce n'est pas fini". Seulement voilà, John Paulson transforme la crise en or. En 2007, il avait déjà défrayé la chronique en enregistrant des gains de 600% sur deux fonds, soit plus de 3 milliards de dollars de profits. En pleine crise des subprimes.

Son secret? L'anticipation. Paulson a vu venir la crise avant beaucoup d'autres. Dès 2005, en pleine fièvre de l'immobilier, il parie sur une chute du marché. Et il gagne. Malgré des pertes en 2006, il applique sa devise préférée, empruntée à Winston Churchill: "ne jamais abandonner, ne jamais abandonner, ne jamais abandonner".

Aujourd'hui, Wall Street traite John Paulson comme une star. Les Sénateurs sollicitent son avis sur le plan d'aide aux banques américaines -pas assez exigeant envers ces dernières, selon Paulson (voir document). Mais le gérant de fonds ne semble pas pour autant avoir changé son mode de vie, lui qui se dépeint toujours en "mari dévoué et père de famille aimant". Cet originaire de l'état de New York admet du bout des lèvres qu'il était un élève surdoué. Licence de finance à la New York University avec les félicitations du jury, MBA décroché avec les honneurs à Harvard.

Il rend hommage à ceux qui lui ont tout appris, de son passage à la société d'investissement new-yorkaise Odyssey Partners à la banque d'affaires Bear Stearns. Durant son parcours orienté vers les fusions-acquisitions et la gestion du risque, John Paulson apprend une chose qu'il a pu mettre à profit par ces temps de crise: "gérer le risque, ce n'est pas chercher à gagner de l'argent, c'est chercher à ne pas en perdre".

Au bout du compte John Paulson a gagné suffisamment d'argent pour figurer dans le classement des plus grosses fortunes du magasine Forbes. Pas de quoi déboucher le champagne, selon lui, alors que tant d'Américains ont perdu leur maison à cause de la crise. Serait-ce pour mieux faire accepter sa nouvelle fortune à une opinion publique sensible sur la question des bonus? John Paulson a versé 15 millions de dollars en octobre à un fonds d'aide aux victimes de saisies immobilières, quand celles-ci lui ont fait gagner des milliards.