Microsoft rit... Intel pleure

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Bizarrerie de l'histoire. C'est au moment où l'Union européenne clos sa procédure à l'encontre de Microsoft que les autorités fédérales américaines de la concurrence portent plainte contre Intel pour abus de position dominante.

Après avoir fait appel d'une amende de 1,06 milliard d'euros à l'Union européenne, Intel doit aujourd'hui faire face à la justice américaine. Cette dernière l'accuse d'avoir entravé la concurrence et l'apparition de produits meilleurs que les siens, afin de préserver une situation de monopole sur le marché des microprocesseurs, le tout, au détriment des consommateurs. Une telle accusation, si elle aboutit, risque bien à terme d'enrayer l'évolution des marges du premier fabricant mondial de semi-conducteurs.

Or l'histoire de Microsoft peut être instructive sur ce point. En l'espace d'une dizaine d'année, Microsoft a perdu environ 10 points de marge brute. Celle-ci était de 92% en 1998, et n'était plus que de 79% au terme de l'exercice fiscal 2009, clos fin juin, de l'éditeur de logiciels. Pour le géant de Redmond, cette perte n'est pas négligeable mais elle ne remet pas en question son modèle.

L'éditeur conserve des parts de marché ultra-dominantes dans les systèmes d'exploitation et les logiciels bureautiques. Et ses marges sont toujours très conséquentes, lui assurant une génération de cash flow considérables (14 milliards de free cash flow en moyenne entre 1999 et 2009).

Pour Intel, l'histoire est un peu différente. Envisager une érosion du même ordre de grandeur de ses marges (environ 10 points de pourcentage), pour un groupe réalisant 20 milliards de dollars de moins de chiffre d'affaires que Microsoft, qui plus est dans une industrie hautement capitalistique pourrait le contraindre à rechercher de nouvelles sources d'économies, à défaut de trouver de véritables relais de croissance.

Car voilà bien le problème d'Intel. Quand Microsoft embrasse, certes avec retard, la vague de l'Internet, il peut engager des moyens considérables pour rattraper la concurrence et rester à son niveau.

Intel a tenté la même tactique, mais sans succès à ce jour. Le groupe n'a toujours pas trouvé de relais de croissance hors du monde des PC. Il y a certes les netbooks, mais ce marché de masse ne permet pas d'écouler des composants à forte marge. Et dans l'univers des smartphones, devenu en peu de temps un vrai relais de croissance pour l'industrie, il existe des alternatives très crédibles à l'offre d'Intel. Plus récemment, le groupe de Santa Clara a été contraint d'enterrer, au moins temporairement, son projet de puce graphique 3D.

Intel n'est pas menacé de manière urgente. Mais l'annonce de la FTC devrait au moins servir de réveil pour l'obliger soit à trouver une solution en interne, soit à mobiliser son trésor de guerre pour réaliser une acquisition transformante. Mais là encore, Intel n'a pas de réelle compétence dans ce domaine, en dehors d'un chapelet d'acquisitions de taille petite ou moyenne.