Climat: le bond en avant des Etats-Unis

Source AFP

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Alors que le débat fait rage sur la réalité de la responsabilité de l'homme dans le processus de réchauffement climatique, l'Agence américaine de protection de l'environnement (EPA) vient de décréter que les émissions de gaz à effet de serre étaient une menace pour la santé publique, ouvrant la voie, pour la première fois, à une régulation de ces émissions.

Quelques heures après l'ouverture de la

conférence sur le climat de Copenhague
, qui vise à aboutir à un accord sur la lutte contre le réchauffement climatique, les conclusions de l'EPA marquent une avancée historique dans un pays qui n'a jamais ratifié le protocole de Kyoto.

Réglementation nationale

La directrice de l'agence Lisa Jackson a signé un décret selon lequel six gaz à effet de serre, dont le dioxyde de carbone, constituent une menace pour la santé publique. "L'EPA est maintenant autorisée, et obligée, à faire des efforts raisonnables pour réduire les polluants à effets de serre", a-t-elle expliqué lors d'une conférence de presse.

"Ces conclusions attendues de longue date scellent 2009 dans l'histoire comme l'année où le gouvernement des Etats-Unis a commencé à s'atteler au défi des émissions polluantes liées aux gaz à effet de serre", a-t-elle affirmé.

En l'état le décret ne devrait avoir qu'un effet immédiat: les Etats-Unis vont pouvoir édicter leur première réglementation nationale sur les émissions de dioxyde de carbone des camions légers.

Il donne surtout au président américain Barack Obama un levier supplémentaire pour respecter sa promesse, faite en prélude au sommet de Copenhague où il doit se rendre le 18 décembre, de

réduire les émissions de CO2 aux Etats-Unis
de 17% d'ici à 2020 par rapport à 2005, même si le Congrès s'y oppose.

Eviter le Congrès

Le décret signé lundi 7 décembre devrait en effet permettre à l'EPA de pousser les autorités américaines à édicter des règles sans passer par le Congrès, très divisé sur le sujet, où de nombreux élus sont originaires de régions productrices de charbon, une énergie très polluante à l'origine de 50% de la production d'électricité aux Etats-Unis.

Adopté en juin à la Chambre des représentants, le projet de loi démocrate qui prévoit de réduire les émissions de CO2 dans la proportion promise par Barack Obama ne doit pas être adopté au Sénat avant 2010.

D'autant que certains élus républicains prennent prétexte du "Climategate", ce scandale concernant des climatologues accusés d'avoir manipulé les données en Grande-Bretagne, pour refuser toutes réglementation sur le changement climatique.

Preuve accablantes

Mme Jackson a répondu à ces critiques en martelant qu'il y avait des "preuves accablantes" du réchauffement climatique.

Le sénateur John Kerry, principal auteur du texte qui doit être débattu au Sénat, a saisi la balle au bond pour mettre les parlementaires face à leurs responsabilités. "Le message envoyé au Congrès est clair comme de l'eau de roche: il faut bouger. Si le Congrès ne vote pas un texte sur le changement climatique, l'administration serait justement amenée à se servir de l'EPA pour imposer de nouvelles règlementations", a-t-il réagi lundi.

Le gouverneur républicain de Californie (ouest) Arnold Schwarzenegger a jugé lundi que les conclusions de l'EPA constituaient "une bonne nouvelle" tandis que son homologue républicain du Texas (sud) fustigeait une décision "inconsciente" prise par des "fonctionnaires non élus".