"Les dépenses militaires masquent la récession"

Propos recueillis par Stéphane Marchand

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Le PIB américain a reculé au troisième trimestre. Voit-on malgré tout quelques signes de sortie de crise?

Benjamin Carton: Non, absolument aucun. La consommation, qui est le cœur de l’activité économique aux Etats-Unis, a nettement fléchi. Le chômage augmente rapidement, ce qui est toujours mauvais signe, et l’immobilier, le secteur par lequel tout a démarré, n’a pas encore cessé de baisser. Tous les signaux sont au rouge. Rien n’indique le bout du tunnel.

Pourtant, une baisse de 0,3%, ce n’est pas la fin du monde …

Effectivement, le recul est limité: - 0,3% en rythme annualisé. En France, compte tenu de notre système de mesure trimestrielle, cela équivaudrait à – 0,1 %, en somme une croissance nulle. Mais attention, ces chiffres sont faussement rassurants. Si la récession semble si douce, c’est à cause de deux facteurs exceptionnels. D’abord les dépenses publiques, qui ont contribué au PIB à hauteur de 1,15 %. Sans elles, le recul du PIB aurait atteint -1,4 % et tout le monde serait affolé. ll s’agit avant tout des dépenses militaires, sans doute liées aux guerres en Irak et en Afghanistan. Ces dépenses publiques ne seront pas répétées au cours des trimestres suivants. De même les exportations se sont très bien comportées entre juillet et septembre. Elle ont apporté + 1,1 % à la croissance. Mais les pays clients des Américains sont également en difficulté, voire en récession, et ces exportations vont beaucoup baisser. Bref, derrière ces deux facteurs exceptionnels, se cache une récession assez profonde.

A quand le retour de la croissance?

Attendons d’abord le chiffre définitif de la croissance pour le troisième trimestre, qui sera disponible fin novembre. Ensuite, on verra mais je ne vois pas de fin de récession aux Etats-Unis avant le second semestre 2009.